Synagogue Beth David, Tokyo

Tetsavé (תצוה – Tu ordonneras) – Chabbat Zakhor
Exode 27,20–30,10 — Lecture spéciale : Deutéronome 25,17–19 — Haftara de Zakhor : I Samuel 15,1–34

D.ieu ordonne à Moché de dire aux enfants d’Israël de préparer l’huile pure pour la menorah. Il lui décrit les vêtements des cohanim, leurs rites d’initiation, la liturgie d’inauguration du sanctuaire, les offrandes quotidiennes et l’autel d’or destiné à l’encens.
Zakhor rappelle l’attaque d’Amalek et l’ordre de ne jamais l’oublier, et la haftara relate la mission confiée à Saül de détruire Amalek.

Exode 27,20
וְאַתָּה תְּצַוֶּה אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל… לְהַעֲלֹת נֵר תָּמִיד.
Tu ordonneras aux enfants d’Israël… d’allumer une lumière perpétuelle.

Inaugurée en 2009 et conçue par l’architecte japonais Fumihiko Maki[1], la synagogue Beth David 🔗 à Tokyo (Jewish Community of Japan – JCJ) présente une façade moderne en béton texturé, animée de motifs discrets rappelant l’étoile de David. À l’intérieur, l’Aron ha‑Kodesh, surmonté d’un Ner Tamid [2] contemporain, s’inscrit dans un ensemble de boiseries claires baignées par la lumière naturelle de l’atrium central.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Chiune Sugihara[3], consul à Kaunas (Lituanie), au mépris des ordres reçus, délivra des milliers de visas permettant à des réfugiés juifs de rejoindre le Japon et d’y trouver refuge.

Quelques centaines de Juifs vivent aujourd’hui au Japon, en harmonie avec la société japonaise. Le pays est d’ailleurs l’un de ceux où les actes antisémites sont les plus rares au monde.

[1] Fumihiko Maki (1928-2024), architecte japonais de renommée mondiale, lauréat du prix Pritzker et du Praemium Imperiale, reconnu pour son approche minimaliste et son usage subtil de la lumière et des matériaux.
[2] Le Ner Tamid renvoie à Tetsavé car ce passage prescrit l’allumage permanent dans le sanctuaire (Exode 27,20–21). La tradition talmudique (Mena’hot 86b) décrit la «lampe de l’ouest» comme un témoignage perpétuel (עֵדוּת תָּמִיד) de la Présence divine, et le Rambam (Mishné Torah, Sefer Avoda, Hilkhot Temidin Ou-Musafin 3:10–12) précise son allumage quotidien. Le Ner Tamid des synagogues en est l’héritier symbolique.
[3] Chiune Sugihara (1900–1986), consul du Japon à Kaunas en 1940, délivra environ 2 000 visas de transit permettant à près de 6 000 réfugiés juifs de quitter l’Europe occupée. Il agit contre les instructions de son gouvernement, rédigeant parfois les visas à la main jour et nuit. Grâce à ces documents, les réfugiés purent rejoindre le Japon, principalement Kobe. Il a été reconnu Juste parmi les Nations par Yad Vashem en 1985.

Sanctuaire d’Arad, Israël

Teroumah (תרומה – don / contribution)
Exode 25,1–27,19 — I Rois 5,26 – 6,13

D.ieu demande à Moché de recueillir les offrandes volontaires, données avec cœur, afin de fournir les matériaux nécessaires à la construction du Michkan.
La haftara décrit le début de la construction du Temple de Salomon.

Exode 25,8
וְעָשׂוּ לִי מִקְדָּשׁ וְשָׁכַנְתִּי בְּתוֹכָם
.
Ils Me feront un sanctuaire, et Je résiderai au milieu d’eux.

Le sanctuaire d’Arad, situé dans le désert du Néguev, fut mis au jour lors des fouilles de Tel Arad menées dans les années 1960–1970 par Yohanan Aharoni [1], puis reprises et réexaminées par Ze’ev Herzog[2] et l’équipe de l’Université de Tel‑Aviv.
Construit au sein d’une forteresse du royaume de Juda dès le Xᵉ siècle AEC, il comprend une cour, un autel de pierre non taillée, une salle sacrée et un espace surélevé interprété comme un « saint des saints ».
L’organisation des lieux, graduée en cercles de sainteté, évoque directement la structure du Michkan.
Ce sanctuaire reflète une tradition cultuelle ancienne, en usage dans le royaume de Juda jusqu’aux réformes successives des VIIIᵉ et VIIᵉ siècles AEC menées par les rois Ézéchias et Josias [3], qui entreprirent de supprimer les sanctuaires locaux afin de recentrer le service divin sur le Temple de Jérusalem.

[1] Yohanan Aharoni (1919–1976), archéologue israélien, pionnier de l’archéologie biblique.
[2] Ze’ev Herzog (né en 1941), archéologue israélien, professeur à l’Université de Tel‑Aviv.
[3] Ézéchias (Hizkiyahou) et Josias (Yoshiyahou), rois de Juda aux VIIIᵉ et VIIᵉ siècles AEC.
La réforme d’Ézéchias est décrite dans II Rois 18–20, notamment II Rois 18,1–8, où il supprime les hauts lieux et centralise le culte à Jérusalem.
Josias poursuit cette dynamique un siècle plus tard : sa réforme est relatée dans II Rois 22–23, en particulier II Rois 23,4–20, où il abolit les sanctuaires provinciaux.
Les récits parallèles figurent dans II Chroniques 29–32 (Ézéchias) et II Chroniques 34–35 (Josias), pleinement acceptés dans la tradition rabbinique.

Usha – Galilée, Israel

Michpatim (משפטים – Juges)
Exode 21–24 • Jérémie 34:8–22 (ajout pour les Ashkénazes : 33:25–26)

La paracha Michpatim présente un ensemble structuré de lois civiles et sociales qui organisent la justice au sein d’Israël. La haftara de Jérémie souligne la gravité de l’abandon d’un engagement juridique et de ses conséquences spirituelles.

Exode 23:6
(Séfer HaMitsvot, Lavin 273, Michné Torah, Hilkhot Sanhédrin 20:4,Séfer Ha’Hinoukh n° 83)
לֹא־תַטֶּה מִשְׁפַּט אֶבְיֹנְךָ
Tu ne détourneras pas le droit de ton pauvre.

Au IIᵉ siècle, l’empereur Hadrien[1] entreprend de transformer Jérusalem en cité païenne et d’imposer des restrictions sévères aux pratiques juives. Ces mesures attisent la révolte de Bar Kokhba[2], dont l’issue tragique entraîne une répression romaine d’une extrême brutalité. Les conséquences sont profondes : l’exil massif des Juifs et, après 135, le changement du nom de la Judée en Syria Palaestina[3], destiné à effacer l’identité juive du territoire.
Le Sanhédrin[4] se replie alors à Usha, en Galilée. C’est là que les sages réorganisent la vie juridique[5] et communautaire, donnant une structure durable à la reconstruction du peuple.

Les fouilles d’Usha, menées depuis 2010 par l’Autorité des Antiquités d’Israël (IAA) en collaboration avec l’Université de Haïfa, ont mis au jour un ensemble remarquable du centre rabbinique du IIᵉ siècle. Les archéologues ont dégagé des quartiers d’habitation, des ateliers artisanaux et des installations industrielles. Ils ont également mis au jour les vestiges d’une synagogue et des espaces d’étude, qui témoignent d’une vie liturgique active. L’ensemble de ces découvertes confirme qu’Usha fut un pôle communautaire, juridique, spirituel et social de premier plan.

[1] Hadrien (76–138) : empereur romain dont la politique envers les Juifs fut marquée par l’interdiction de la circoncision et de plusieurs pratiques de la Torah, ainsi que par la transformation de Jérusalem en colonie païenne Aelia Capitolina (vers 130). Sur l’esplanade du Temple détruit, il fit ériger un temple dédié à Jupiter Capitolin, encore mentionné au IVᵉ siècle. Après la révolte de 135, il interdit aux Juifs d’entrer dans la ville. Ces mesures restèrent en vigueur jusqu’à sa mort en 138, date à laquelle son successeur Antonin le Pieux (86–161), empereur réputé pour sa modération, en assouplit plusieurs, notamment l’interdiction de la circoncision pour les Juifs.
[2] Bar Kokhba : chef de la révolte juive (132–135), considéré par Rabbi Akiva comme un Messie potentiel. Sa défaite entraîna des pertes humaines immenses et une répression sans précédent.
[3] Avant 135, le territoire portait les noms de Judée, Samarie et Galilée. Après la révolte, Hadrien le renomme Syria Palaestina pour effacer l’identité juive. La période byzantine lui attribue ensuite les appellations de Palaestina Prima (Judée et la côte), Secunda (Galilée et vallée du Jourdain) et Tertia (Néguev et le sud jordanien). La période arabe parle de Jund Filastīn (jund : district militaire du VIIᵉ siècle), et la période ottomane du Sanjak de Jérusalem (sanjak : district administratif). Le nom Palestine réapparaît officiellement en 1920 avec l’instauration du Mandat britannique.
[4] Les sages du Sanhédrin à Usha : Rabban Shimon ben Gamliel II (patriarche du Sanhédrin, superviseur des takkanot d’Usha), Rabbi Meïr (disciple de Rabbi Akiva, figure majeure de la halakha), Rabbi Yossi ben ‘Halafta (autorité juridique et historien), Rabbi Shimon bar Yohaï (disciple de Rabbi Akiva, figure majeure de la tradition mystique), Rabbi Elazar ben Shammoua (maître respecté de la génération), Rabbi Yehouda bar Ilaï (grand posek), et le jeune Rabbi Yehouda haNassi, futur rédacteur de la Michna.
[5] Les takkanot d’Usha — mentionnées dans les traités Ketoubot, Baba Kama et Baba Batra — posent plusieurs principes fondamentaux du droit civil juif : responsabilité familiale, équité financière, gestion des biens et organisation sociale au sein des communautés.

Sarkel (Khazarie), Russie

Le site de Sarkel en 1930, des stèles ornées d’une menorah, un yarmaq (Trésor de Spillings) — monnaie khazare du début du IXᵉ siècle portant la légende موسى رسول الله Mūsā rasūl Allāh (Moché est le prophète de D.ieu) — et l’état actuel du site.

Yitro (יתרו – Jéthro)
Exode 18:1-20:23 – (Séfarade) Isaïe 6:1-13 – (ashkénaze) Isaïe 6:1-7:13

Yitro rejoint Moché et lui conseille d’organiser un système de juges pour alléger sa charge. Le peuple d’Israël arrive au pied du Sinaï et, après s’être purifié, reçoit les Dix Paroles (Aseret ha-Dibrot). Dans la haftara, Isaïe décrit sa vision de D.ieu siégeant sur Son trône, entouré de séraphins ; purifié, il est envoyé en mission prophétique. La lecture ashkénaze se poursuit avec l’annonce d’un signe destiné à rassurer le roi Achaz.

Exode 18:12
וַיִּקַּח יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה, עֹלָה וּזְבָחִים–לֵאלִֹקִים; וַיָּבֹא אַהֲרֹן וְכֹל זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל, לֶאֱכָל-לֶחֶם עִם-חֹתֵן מֹשֶׁה–לִפְנֵי הָאֱלִֹקִים.
   
Yitro, beau‑père de Moché, offrit un holocauste et d’autres sacrifices à D.ieu ; Aharon et tous les anciens d’Israël vinrent manger avec le beau‑père de Moché
devant D.ieu.

Dans son commentaire, Rachi indique que Yitro est entré « sous les ailes de la Shekhina (Présence divine) » (נכנס תחת כנפי השכינה) signe de sa conversion[1].

À partir du VIIIᵉ siècle, l’élite khazare adopte le judaïsme. Les récits les plus précieux sur cette conversion se trouvent dans la correspondance en hébreu entre Ḥasdai ibn Chaprout[2] et le roi Joseph, roi des Khazars[3]. Joseph y décrit sa généalogie, la conversion de son ancêtre Bulan, l’établissement d’un État dirigé par des souverains juifs, la création d’institutions religieuses, l’adoption des lois toraïques par la dynastie régnante, l’usage administratif de l’hébreu et la présence d’une communauté juive influente à la cour.

Les fouilles de Sarkel — probablement issu du turcique šar (blanc) et kel/kil (fortification) — dirigées dans les années 1930 par Mikhaïl Artamonov[4] avant l’engloutissement du site sous le réservoir de Tsimliansk, ont révélé des murs fait de blocs de calcaire blanc, des entrepôts et des quartiers d’habitation. Une partie des objets découverts, dont une pierre gravée ornée d’une menorah, des sceaux et des tamgas (emblème), est conservée au musée de Novotcherkassk, dans l’oblast de Rostov.

[1] Pour la conversion, le Talmud mentionne l’immersion rituelle (Yevamot 46a–47b) et un korban ger, sacrifice apporté au Temple (Kritot 9a). Pour un homme, la conversion inclut également la circoncision, brit mila ou hatafat dam brit (Yevamot 46a). Maïmonide précise que l’absence du Temple n’empêche pas la conversion (Issouré Bia 13:5).
[2] Hasdaï ben Yitzhak ben Ezra ibn Chaprout (חסדאי בן יצחק בן עזרא אבן שפרוט), diplomate, médecin et homme d’État juif du Xe siècle à la cour omeyyade de Cordoue, protecteur des communautés juives d’al‑Andalus.
[3] Joseph, roi des Khazars au Xe siècle. Outre sa lettre à Ḥasdai, son règne est corroboré par la Lettre de Schechter (Geniza du Caire), par plusieurs géographes arabes des IXᵉ–X siècles (al‑Masʿūdī, Ibn al‑Faqīh, al‑Istakhrī, Ibn Ḥawqal) et par des chroniqueurs byzantins. Il se présente comme le descendant de Bulan, puis d’Obadiah, Ḥizqiyah, Menashe, Ḥanukkah, Yitsḥaq, Zevouloun, Moché, Nissi, Menaḥem, Benyamin et Aharon. Un document daté de 985 mentionne également David, prince des Khazars, qui lui aurait succédé dans un État khazar tardif établi dans la péninsule de Taman.
[4] Mikhaïl Illarionovitch Artamonov (1898‑1972), historien, archéologue et professeur russe et soviétique, considéré comme le père fondateur des études du khaganat khazar, publia Histoire des Khazars (1962), l’ouvrage de référence sur ce sujet.