
Michpatim (משפטים – Juges)
Exode 21–24 • Jérémie 34:8–22 (ajout pour les Ashkénazes : 33:25–26)
La paracha Michpatim présente un ensemble structuré de lois civiles et sociales qui organisent la justice au sein d’Israël. La haftara de Jérémie souligne la gravité de l’abandon d’un engagement juridique et de ses conséquences spirituelles.
Exode 23:6
(Séfer HaMitsvot, Lavin 273, Michné Torah, Hilkhot Sanhédrin 20:4,Séfer Ha’Hinoukh n° 83)
לֹא־תַטֶּה מִשְׁפַּט אֶבְיֹנְךָ
Tu ne détourneras pas le droit de ton pauvre.
Au IIᵉ siècle, l’empereur Hadrien[1] entreprend de transformer Jérusalem en cité païenne et d’imposer des restrictions sévères aux pratiques juives. Ces mesures attisent la révolte de Bar Kokhba[2], dont l’issue tragique entraîne une répression romaine d’une extrême brutalité. Les conséquences sont profondes : l’exil massif des Juifs et, après 135, le changement du nom de la Judée en Syria Palaestina[3], destiné à effacer l’identité juive du territoire.
Le Sanhédrin[4] se replie alors à Usha, en Galilée. C’est là que les sages réorganisent la vie juridique[5] et communautaire, donnant une structure durable à la reconstruction du peuple.
Les fouilles d’Usha, menées depuis 2010 par l’Autorité des Antiquités d’Israël (IAA) en collaboration avec l’Université de Haïfa, ont mis au jour un ensemble remarquable du centre rabbinique du IIᵉ siècle. Les archéologues ont dégagé des quartiers d’habitation, des ateliers artisanaux et des installations industrielles. Ils ont également mis au jour les vestiges d’une synagogue et des espaces d’étude, qui témoignent d’une vie liturgique active. L’ensemble de ces découvertes confirme qu’Usha fut un pôle communautaire, juridique, spirituel et social de premier plan.
[1] Hadrien (76–138) : empereur romain dont la politique envers les Juifs fut marquée par l’interdiction de la circoncision et de plusieurs pratiques de la Torah, ainsi que par la transformation de Jérusalem en colonie païenne Aelia Capitolina (vers 130). Sur l’esplanade du Temple détruit, il fit ériger un temple dédié à Jupiter Capitolin, encore mentionné au IVᵉ siècle. Après la révolte de 135, il interdit aux Juifs d’entrer dans la ville. Ces mesures restèrent en vigueur jusqu’à sa mort en 138, date à laquelle son successeur Antonin le Pieux (86–161), empereur réputé pour sa modération, en assouplit plusieurs, notamment l’interdiction de la circoncision pour les Juifs.
[2] Bar Kokhba : chef de la révolte juive (132–135), considéré par Rabbi Akiva comme un Messie potentiel. Sa défaite entraîna des pertes humaines immenses et une répression sans précédent.
[3] Avant 135, le territoire portait les noms de Judée, Samarie et Galilée. Après la révolte, Hadrien le renomme Syria Palaestina pour effacer l’identité juive. La période byzantine lui attribue ensuite les appellations de Palaestina Prima (Judée et la côte), Secunda (Galilée et vallée du Jourdain) et Tertia (Néguev et le sud jordanien). La période arabe parle de Jund Filastīn (jund : district militaire du VIIᵉ siècle), et la période ottomane du Sanjak de Jérusalem (sanjak : district administratif). Le nom Palestine réapparaît officiellement en 1920 avec l’instauration du Mandat britannique.
[4] Les sages du Sanhédrin à Usha : Rabban Shimon ben Gamliel II (patriarche du Sanhédrin, superviseur des takkanot d’Usha), Rabbi Meïr (disciple de Rabbi Akiva, figure majeure de la halakha), Rabbi Yossi ben ‘Halafta (autorité juridique et historien), Rabbi Shimon bar Yohaï (disciple de Rabbi Akiva, figure majeure de la tradition mystique), Rabbi Elazar ben Shammoua (maître respecté de la génération), Rabbi Yehouda bar Ilaï (grand posek), et le jeune Rabbi Yehouda haNassi, futur rédacteur de la Michna.
[5] Les takkanot d’Usha — mentionnées dans les traités Ketoubot, Baba Kama et Baba Batra — posent plusieurs principes fondamentaux du droit civil juif : responsabilité familiale, équité financière, gestion des biens et organisation sociale au sein des communautés.








