
Haʿazinou (האזינו — « Écoute ») – Chabat Chouva (שובה — « Reviens »)
Devarim (Deutéronome) 32, 1-52 – Hochéa 14, 2-10 ; Yoël 2, 15-27 ; Mikha 7, 18-20
Moché, le dernier jour de sa vie, prend à témoin le ciel et la terre, retrace l’histoire du peuple depuis son élection et annonce que D.ieu finira par avoir compassion de Son peuple et vengera le sang répandu. L’haftara de Chabat Chouva réunit trois textes prophétiques centrés sur la téchouva.
Devarim 32, 7
זְכֹר יְמוֹת עוֹלָם, בִּינוּ שְׁנוֹת דּוֹר וָדוֹר; שְׁאַל אָבִיךָ וְיַגֵּדְךָ, זְקֵנֶיךָ וְיֹאמְרוּ לָךְ
« Souviens-toi des jours d’autrefois, médite les années génération après génération ; interroge ton père, il te l’apprendra, tes anciens, ils te le diront. »
Au début des années 2010, plusieurs centaines de fragments manuscrits datés du XIᵉ au XIIIᵉ siècle sont apparus sur le marché. Des antiquaires afghans les proposaient à des institutions israéliennes. La Bibliothèque nationale d’Israël a acquis l’essentiel de ces manuscrits, communément appelés Guenizah afghane[1], et poursuit leur catalogage ainsi que leur publication scientifique.
Les textes sont rédigés en hébreu, araméen, judéo-arabe et judéo-persan. Ils étaient présentés comme provenant de grottes de la région de Bamiyan[2], en Afghanistan. L’existence d’une communauté juive florissante dans cette région n’était jusqu’alors attestée que par de rares mentions indirectes dans des sources rabbiniques et islamiques.
Ensemble, ces documents[3] restituent le quotidien — transactions, deuils, pratiques religieuses — avec un niveau de détail qu’aucune source indirecte n’avait jamais permis. Parmi eux figure un commentaire inédit sur le Livre d’Isaïe attribué à Rav Saadia Gaon[4], rédigé en judéo-arabe et absent de toute la tradition manuscrite connue. Ce fragment constitue un témoignage unique de l’exégèse saadianique et révèle une portion de son œuvre que l’on croyait perdue.
Pour la communauté juive du Khorassan médiéval[5], il ne restait ni descendants organisés, ni tradition orale transmise, seulement le silence. Ce sont les fragments eux-mêmes, retrouvés près de mille ans plus tard, qui ont fini par tenir lieu d’anciens et de pères : c’est le document qui, en définitive, « raconte ».
[1] Certains chercheurs préfèrent le terme de « manuscrits afghans » à celui de « guenizah », faute de preuve qu’il s’agissait d’un entrepôt de textes usés au sens rituel plutôt que d’un autre type de dépôt.
[2] Le lieu exact de la découverte n’a jamais été formellement établi : aucune fouille archéologique n’a confirmé la grotte ou les grottes d’origine. Cette incertitude est assumée par les chercheurs eux-mêmes.
[3] Le corpus dresse le portrait d’une société juive marchande insérée dans l’économie de la route de la Soie. On y trouve un livre de comptes tenu sur vingt-sept pages par la famille de marchands Abou Netzer, des lettres privées, des actes juridiques, un fragment du traité Avoda Zara de la Michna — le plus ancien texte rabbinique connu à l’est de Babylone —, des extraits bibliques, ainsi qu’un commentaire d’Isaïe attribué à Rav Saadia Gaon. Un sidour partiel figure également parmi les pièces les plus anciennes du corpus.
[4] Rav Saadia Gaon (882-942), né en Égypte et actif en Babylonie, fut le premier grand systématicien du judaïsme médiéval. Gaon de la yeshiva de Soura, il composa en judéo-arabe le Sefer ha-Emounot ve-ha-Deʿot, des traités linguistiques, des responsa et de vastes commentaires bibliques, dont une partie seulement nous est parvenue, souvent de manière fragmentaire. Le fragment retrouvé dans les manuscrits afghans atteste la diffusion de ses écrits jusqu’aux communautés juives du Khorassan médiéval.
[5] Khorassan médiéval : région couvrant aujourd’hui le nord-est de l’Iran, le Turkménistan et le nord de l’Afghanistan.








