El Ghriba, Djerba, Tunisie

Emor – אֱמֹר — « Parle »
Lévitique 21–24 • Ézéchiel 44,15–31

D‑ieu demande à Aharon et à ses fils de transmettre et de bénir. La charge sacerdotale n’est pas un privilège : c’est une tâche. Ils doivent transmettre le sens du sacré. Ézéchiel rappelle que, même en exil, les Cohanim ont un rôle concret : transmettre les règles du sacré et de la pureté et bénir Israël.

Ézéchiel 44:23
וְאֶת-עַמִּי יוֹרוּ, בֵּין קֹדֶשׁ לְחֹל; וּבֵין-טָמֵא לְטָהוֹר, יוֹדִעֻם.
Ils enseigneront à Mon peuple à distinguer le saint du profane, et ils lui feront connaître la différence entre ce qui est impur et ce qui est pur. »

Selon la tradition locale, des Cohanim fuyant la destruction du Premier Temple se seraient installés à Hara Sghira[1], sur l’île de Djerba. À la lisière du quartier se trouve la synagogue El Ghriba[2], lieu de culte ancien devenu centre de pèlerinage juif. Chaque année, au mois d’Iyar[3], des fidèles s’y rendent pour la prière et les célébrations , attirant des pèlerins de Tunisie, de Libye, d’Égypte et d’Europe.

Le bâtiment, reconstruit à plusieurs reprises, conserve une architecture massive aux murs blanchis à la chaux, rythmée par des arcs peints d’un bleu profond. Les faïences géométriques et les boiseries sculptées, caractéristiques de l’esthétique djerbienne, confèrent à l’ensemble une atmosphère feutrée, sobre et propice au recueillement (clic). Depuis 2023, la synagogue El Ghriba, comme l’ensemble de l’île de Djerba, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

[1] Hara Sghira (le petit quartier) est l’un des deux anciens quartiers juifs de l’île de Djerba, avec Hara Kbira (le grand quartier). Selon la tradition locale, il aurait été le premier lieu d’implantation de la communauté juive, longtemps majoritairement peuplée de Cohanim.
[2] Le terme arabe ghriba signifie « étrangère », « singulière » ou « mise à part ». Il désigne ce qui est séparé de l’usage commun, sens qui rejoint l’idée biblique de qadoch (saint). Selon une tradition, une jeune femme vivant à l’écart, qualifiée de ghriba (« l’étrangère »), serait morte dans un incendie, mais son corps aurait été retrouvé intact, événement interprété comme un signe de sainteté. Une autre tradition, plus ancienne, rapporte que des Cohanim auraient apporté un élément du Premier Temple de Jérusalem et l’auraient intégré à un sanctuaire appelé la Ghriba, terme désignant un lieu mis à part et sanctifié.
[3] Le 14 Iyar correspond à Pessaḥ Cheni, institué pour ceux qui n’avaient pu apporter l’offrande pascale à la date prescrite (Nb 9, 6‑13). Cette date est également associée à la hiloula de Rabbi Meïr Baal HaNess, maître du IIᵉ siècle.
Le 18 Iyar (Lag BaOmer) marque la fin d’une période de deuil liée à la mort des 24 000 élèves de Rabbi Akiva. Cette date est aussi associée à la hiloula de Rabbi Shimon bar Yoḥaï, maître de la tradition mystique et figure centrale du Zohar. Journée de joie, elle constitue à Djerba le moment culminant du pèlerinage de la Ghriba.

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