Young Israel, West Hartford, Connecticut

Chavouot
Ex 19:1–20:23 • Nb 28:26–31 • Ézéchiel 1:1–28 & 3:12 •
Méguilat Ruth
[2e jour : Deut. 14:22–16:17 • Nb 28:26–31 • Habacuc 2:20–3:19]
Nasso (נשא – « relève »)[1]
Nb 4:21–7:89 • Juges 13:2–25

Les lectures de Chavouot contiennent le récit du Don de la Torah, la vision du Char céleste d’Ézéchiel, et le départ de Ruth de Moav, son arrivée à Bethléem et son intégration progressive dans ce lieu nouveau.

Celles de Nasso présentent l’organisation des Léviim, le rituel de la Sotah (femme soupçonnée d’adultère), le Naziréat et la bénédiction sacerdotale. La haftara annonce la naissance du nazir Chimchon.

Ruth 1,19
וַתֵּלַכְנָה שְׁתֵּיהֶם עַד־בֹּאָנָה בֵּית לָחֶם
« Elles marchèrent toutes deux jusqu’à leur arrivée à Bethléem. »

Arrivés à Hartford dès le XIXᵉ siècle, les Juifs se déplacent progressivement, au cours des années 1950–1960, vers la ville voisine de West Hartford. De cette migration naît un noyau Modern Orthodox[2] qui donne naissance à la communauté Young Israel[3].

Un érouv[4] ‘hatsérot, vérifié chaque vendredi, englobe les quartiers entourant la synagogue Young Israel of West Hartford. Le bâtiment, de facture contemporaine, s’inscrit dans un environnement de rues calmes et arborées.


[1] En diaspora, lorsque Chavouot dure deux jours et tombe un vendredi (Yom Chichi), la lecture de Nasso est décalée d’une semaine par rapport au calendrier d’Israël.
[2] Modern Orthodox : courant du judaïsme orthodoxe nord‑américain combinant observance halakhique et engagement dans la société.
[3] Young Israel : réseau de synagogues orthodoxes fondé aux États‑Unis en 1912, historiquement associé à des communautés ashkénazes Modern Orthodox.
[4] Les érouvin :
• Érouv ‘hatsérot (mélange des domaines) : permet la circulation et le port d’objets durant le Chabbat dans un périmètre défini (Mishnah Erouvin 6–7 ; Talmud Bavli Erouvin 71a–82b ; Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 366–370).
• Érouv techoumin (mélange des frontières) : fixe les limites de déplacement autour de la ville jusqu’à 2 000 coudées (Mishnah Erouvin 4:3 ; Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 397).
• Érouv tavshilin (mélange du temps) : permet d’assurer les préparatifs de Chabbat le jour de Yom Tov tombant un vendredi (Talmud Beitsa 15b, Choul’han Aroukh Ora’h ‘Haïm 527). Procédure simplifiée : préparer deux aliments cuits, réciter la bénédiction de l’érouv, puis les consommer Chabbat, de préférence à la seouda chelichit (Choul’han Aroukh 527:2, 527:12, 527:14, Michna Beroura 527:48, Kaf Ha’haïm 527:48).

Ksar d’Amezrou, Maroc

Bamidbar (במדבר / Dans le désert)
Nombres 1,1 – 4,20 • Osée 2,1–22 • Pirkei Avot, chap. 6 (Perek Kinyan Torah[1])

Dans le désert, Moshé procède au recensement d’Israël, organise la disposition des tribus autour du sanctuaire et confie aux Lévites leurs responsabilités. Le désert n’est pas seulement un espace de passage : il devient le lieu où le peuple se structure et reçoit une mission collective.
Le prophète Osée évoque le désert comme un lieu de retour et de parole retrouvée. C’est dans cet espace dépouillé qu’un lien peut être réparé.

Osée 2,16 [2]
לָכֵן, הִנֵּה אָנֹכִי מְפַתֶּיהָ, וְהֹלַכְתִּיהָ, הַמִּדְבָּר; וְדִבַּרְתִּי, עַל-לִבָּהּ.

« C’est pourquoi, Me voici : Je la séduirai, Je la conduirai au désert, et Je parlerai à son cœur. »

Au seuil du désert, dans le ksar d’Amezrou, près de Zagora, ce village fortifié, historiquement lié aux axes caravaniers sahariens [3], a abrité une communauté juive rurale et oasienne du Sud marocain, relevant de l’ensemble que l’on peut désigner comme le judaïsme judéo‑berbère [4].

Dans l’ensemble de la vallée du Drâa, le travail de l’argent et la bijouterie [5], pratiqués notamment par des artisans juifs, constituent des activités traditionnelles locales.

Au début des années 1960, les Juifs quittent progressivement Amezrou à destination d’Israël, dans le contexte de l’après‑indépendance. Le départ des dernières familles est situé autour de 1962–1963.

La synagogue d’Amezrou, édifiée en terre crue (pisé), subsiste aujourd’hui au cœur du ksar, dans l’ancien mellah. Son Aron haKodesh est creusé dans le mur oriental et sa toiture repose sur des poutres de palmier, selon les techniques traditionnelles.


[1] Kinyan Torah (קניין תורה), « l’acquisition de la Torah », est le nom traditionnel donné au chapitre 6 de Pirkei Avot. Ce chapitre met l’accent sur la valeur de l’étude de la Torah et sur les dispositions par lesquelles elle s’acquiert, notamment la liste des quarante‑huit voies d’acquisition de la Torah.
[2] Emploi du féminin : Osée utilise l’image de l’épouse pour exprimer la relation entre Dieu et Israël.
[3] Contexte historique : Le ksar d’Amezrou s’inscrit dans le système des villages fortifiés du Sud marocain, développés le long des axes caravaniers sahariens. Ces ensembles structuraient l’habitat, les échanges et la vie communautaire des populations oasiennes, musulmanes et juives, dans la vallée du Drâa.
[4] L’expression judéo‑berbère désigne la diversité des communautés juives du Maghreb ayant vécu en milieu berbérophone.
[5] Le travail de l’argent et la bijouterie sont attestés comme des activités traditionnelles de la vallée du Drâa, historiquement associées à la présence juive dans les ksour de la région.

La Paz, Bolivie

Behar – Be’houkotaï (בְּהַר – בְּחֻקֹּתַי / sur la montagne – selon Mes statuts)
Lévitique 25–27 • Jérémie 16,19 – 17,14 • Pirkei Avot, chapitre 5

Dieu parle « sur la montagne », révélant les lois de la terre, du repos et de la justice sociale. Il promet que si Israël marche dans Ses voies, Il le fera avancer dans l’élévation et la dignité. Le prophète Jérémie affirme que, même en exil, la promesse de la terre demeure.

Lévitique 26,13
וָאוֹלֵךְ אֶתְכֶם קוֹמְמִיּוּת

« Je vous ai fait marcher dans l’élévation. »

La Paz s’étend dans une vallée encaissée de la cordillère des Andes, dominée par la silhouette de l’Illimani[1]. La synagogue Círculo Israelita de Bolivia est mentionnée comme la synagogue la plus haute du monde, située à environ 3 650 mètres au‑dessus du niveau de la mer.

La présence juive en Bolivie est attestée avant le XXᵉ siècle (marranes aux XVIᵉ–XVIIᵉ siècles), mais la communauté s’est formée principalement à partir de 1938, lorsque la Bolivie ouvre ses frontières à des réfugiés juifs fuyant les persécutions nazies. Selon l’historien Leo Spitzer[2], plusieurs milliers de réfugiés juifs arrivent dans le pays entre la fin des années 1930 et le début des années 1940, posant les bases d’une vie communautaire structurée, avec la création d’institutions religieuses, éducatives et culturelles.

Après un apogée dans les années 1950, la communauté juive bolivienne connaît une émigration régulière vers Israël et les Amériques. Il n’en subsiste aujourd’hui qu’un noyau restreint[3], principalement à La Paz et à Santa Cruz.

[1] Illimani est un nom d’origine aymara. L’aymara est, avec l’espagnol et le quechua, l’une des trois langues officielles de la Bolivie. Le nom est couramment interprété comme « montagne de la lumière / esprit protecteur de la lumière », en référence à la réverbération du soleil sur les neiges éternelles, bien que d’autres lectures évoquent l’image d’un condor lumineux.
[2] Leo Spitzer, Hotel Bolivia: The Culture of Memory in a Refuge from Nazism, Hill & Wang, 1998. Les estimations du nombre de réfugiés juifs accueillis en Bolivie entre 1938 et le début des années 1940 varient selon les sources ; Spitzer, s’appuyant sur témoignages et documents contemporains, avance un total pouvant atteindre près de vingt mille personnes.
[3] The Times of Israel, « In La Paz, Bolivia, a Symbol of Jewish Resilience », 5 octobre 2024. L’article décrit la vie actuelle du Círculo Israelita de Bolivia et souligne la vitalité d’une communauté aujourd’hui réduite mais active.