
Re’eh (רְאֵה — Vois)
Deutéronome 11,26 – 16,17 • Isaïe 54,11 – 55,5
Moché invite Israël à choisir entre la bénédiction et la malédiction, en demeurant fidèle à l’alliance. La haftara répond par une promesse de consolation : Sion, éprouvée mais jamais abandonnée, reçoit l’annonce d’une reconstruction plus solide encore que son passé.
Isaïe 54,11
עֲנִיָּה סֹעֲרָה לֹא נֻחָמָה הִנֵּה אָנֹכִי מַרְבִּיץ בַּפּוּךְ אֲבָנַיִךְ וִיסַדְתִּיךְ בַּסַפִּירִים
« Ô toi, battue par la tempête, inconsolée, voici que je poserai tes pierres dans l’antimoine et je te fonderai sur des saphirs. »
Au-dessus de l’Arsenale Nord, à Venise, battue par la tempête [1], flotte une synagogue. Présentée à la Biennale de Venise [2] par l’artiste Anna Kamyshan [3], en collaboration avec le Musée juif de Montréal, l’œuvre, intitulée Nabatele [4], s’inscrit dans le Yiddishland Pavilion [5], un projet conçu comme un espace de mémoire et de transmission de la culture yiddish.
C’est un ballon à double membrane gonflé à l’hélium qui évoque les anciennes synagogues en bois des shtetls d’Europe orientale, dont la plupart ont été détruites au XXᵉ siècle. Il peut s’élever jusqu’à vingt‑cinq mètres au-dessus de la lagune. L’ensemble repose sur un rocher suspendu, sans ancrage terrestre. Les fenêtres illuminées évoquent le ner tamid[6].
Dans le ghetto de Venise, les synagogues étaient dissimulées derrière les façades des immeubles. Ici, au contraire, l’édifice flottant, entre ciel et mer, en équilibre précaire, est visible de partout.
Le geste de Kamyshan inscrit l’œuvre dans une réflexion contemporaine sur l’exil, la reconstruction et la transmission. L’installation matérialise ainsi une appartenance culturelle qui ne dépend d’aucun territoire[7].
[1] Installée dans la soirée du 16 juillet, l’installation a été fermée pour maintenance à la suite des très fortes intempéries du 17 juillet ; le site officiel annonçait alors une reprise sous une dizaine de jours.
[2] La 61ᵉ Exposition internationale d’art de la Biennale de Venise se tient du 16 juillet au 16 septembre 2026.
[3] Anna Kamyshan est une artiste et architecte ukrainienne, basée à Londres, qui se présente comme ayant un héritage juif.
[4] Mot formé à partir de nabat, terme ukrainien et russe (наба́т) signifiant « alarme, tocsin, appel d’alerte », auquel l’artiste a ajouté le diminutif yiddish ‑ele.
[5] Le Yiddishland Pavilion est un projet indépendant fondé en 2022 par Maria Veits, commissaire et chercheuse basée à Londres, et Yevgeniy Fiks, artiste né à Moscou et basé à New York. Leur travail porte sur l’histoire de la culture yiddish et la pensée politique juive.
[6] La lumière perpétuelle présente dans les synagogues en mémoire du candélabre du Sanctuaire (Exode 27,20–21). Anna Kamyshan reprend ce symbole de permanence pour évoquer la transmission de la lumière intérieure de la culture juive.
[7] Les commissaires, Maria Veits et Yevgeniy Fiks, décrivent Nabatele comme incarnant le Yiddishland : l’œuvre donne une présence concrète à une appartenance qui ne dépend d’aucun territoire.