Schwerin, Allemagne

1819/2008

Houqat [1] (חֻקַּת — loi divine sans motif explicite)
Nombres 19,1–22,1 • Juges 11,1–33

La paracha ouvre sur la vache rousse, puis relate la mort de Myriam et d’Aharon, et la faute de Moshé au rocher.
La haftara raconte l’histoire de Yiphtah, fils illégitime, chassé par ses frères, réfugié au pays de Tob, puis rappelé par les anciens de Guilad.

Juges 11,2
וַיִּגְרְשׁוּ אֶת־יִפְתָּח וַיֹּאמְרוּ לוֹ לֹא־תִנְחַל בְּבֵית־אָבִינוּ כִּי בֶּן־אִשָּׁה אַחֶרֶת אָתָּה
« Ils chassèrent Yiphtah et lui dirent : tu n’hériteras pas dans la maison de notre père, car tu es fils d’une autre femme. »

Né en 1927, chassé d’Allemagne en 1933 par la montée du nazisme, la famille de William Wolff s’installe à Londres en 1939. Il devient journaliste, puis en 1984, rabbin, à l’âge de 57 ans. En 2002, il est appelé en Allemagne à Schwerin comme Landesrabbiner [2]. En 2014, il reçoit la citoyenneté d’honneur de la ville.

La synagogue de la Jüdische Gemeinde de Schwerin, construite à l’emplacement des deux synagogues détruites en 1938, a été réalisée à l’initiative de la communauté juive avec le soutien du Land [3]. Édifiée en 2008 par les architectes Joachim et Matthias Brenncke [4], elle se présente comme un volume contemporain en brique rouge sombre, coiffé d’un toit incliné s’ouvrant en verrière vers le ciel. Les fouilles ont mis au jour les fondations et le dallage de 1819, désormais intégrés au nouvel édifice.


[1] En diaspora, la paracha lue cette semaine est Qora’h.
[2] Le Landesrabbiner — rabbin d’État — est le représentant officiel de la communauté juive auprès des autorités du Land. Le poste, existant en Mecklembourg depuis le XIXᵉ siècle, était resté vacant pendant toute la période nazie et communiste. Wolff en devient le premier titulaire depuis plus de soixante ans.
[3] Le soutien financier du Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale s’inscrit dans la politique allemande de soutien à la vie juive et de reconnaissance de l’histoire locale, après la destruction de 1938 et l’absence de reconstruction durant la période communiste.
[4] Joachim et Matthias Brenncke, architectes à Schwerin, associés du cabinet Brenncke Architekten.



Kfar Etzion, Judée, Israël

Qora’h (קֹרַח) [1]
Nombres 16,1–18,32 • 1 Samuel 11,14–12,22

L’ambitieux Qora’h conteste l’autorité de Moshé et d’Aharon. Pour trancher, Moshé dépose les bâtons des chefs des douze tribus dans le Tabernacle. Au matin, un seul a fleuri. La haftara rappelle que l’autorité légitime se prouve par les actes — non par l’ambition.

Nombres 17,23
וַיְהִי מִמָּחֳרָת, וַיָּבֹא מֹשֶׁה אֶל־אֹהֶל הָעֵדוּת, וְהִנֵּה פָּרַח מַטֵּה־אַהֲרֹן לְבֵית לֵוִי; וַיֹּצֵא פֶרַח וַיָּצֵץ צִיץ, וַיִּגְמֹל שְׁקֵדִים.

« Or, le lendemain, Moshé entra dans la tente du témoignage, et voici que la verge d’Aharon, pour la maison de Lévi, avait fleuri : elle avait produit des bourgeons, fait éclore des fleurs, et donné des amandes. »

Un bâton coupé de sa racine, tenu pour mort, qui refleurit : telle est l’image même de Kfar Etzion [2]. Dans les collines de Judée, au sud de Jérusalem, ce kibboutz fut fondé en 1927, détruit [3] à plusieurs reprises et rasé le 13 mai 1948 [4], à la veille de la proclamation de l’État d’Israël.

Pendant les dix-neuf années d’occupation jordanienne, les familles expulsées se rendaient sur les hauteurs de Jérusalem, au belvédère de Ramat Ra’hel, d’où elles apercevaient au loin le chêne du Goush Etzion [5]. Après la guerre des Six Jours [6], les descendants des fondateurs revinrent et rebâtirent le kibboutz sur son site originel.

Aujourd’hui, Kfar Etzion est un kibboutz religieux sioniste d’environ 1 200 habitants. Il abrite une mekhina (מכינה) [7] parmi les plus réputées du pays, un musée retraçant l’histoire du Goush Etzion, ainsi que diverses activités éducatives et touristiques. La communauté dispose aussi d’un ensemble hôtelier (zimmer) pour l’accueil des visiteurs. Fidèle à sa vocation agricole, le kibboutz cultive pommiers, cerisiers, vignes et amandiers.


[1] La paracha lue en diaspora ce chabbat est Chelakh Lekha.
[2] Le nom Etzion fut choisi en hommage à Shmuel Zvi Holtzman (1883–1960), acquéreur des terres dans les années 1930 ; le nom joue sur le mot allemand holz, signifiant bois, rapproché de l’hébreu etz (עץ), bois.
[3] Les quatre fondations de Kfar Etzion :
1927–1929 sous le nom Migdal Eder (מגדל־עדר), mentionné en Genèse 35,21 ; détruite lors des émeutes de 1929.
1934–1936 : la société El HaHar établit le kibboutz ; abandonné lors de la révolte arabe.
1943–1948 : refondé par Hapoel HaMizrachi (fondé en 1922), attaché à l’idéal « Torah et travail » ; lors de la prise du kibboutz le 13 mai 1948, 127 défenseurs furent massacrés après leur reddition, quatre prisonniers survécurent.
Depuis le 25 septembre 1967 : refondé par les descendants des habitants de 1948.
[5] Le chêne du Goush Etzion est un arbre multi-centenaire (600 à 700 ans), visible depuis Jérusalem, symbole du Goush Etzion.
[6] Coalition arabe lors de la guerre des Six Jours : Égypte, Jordanie et Syrie (belligérants principaux), Irak (troupes en Jordanie), Arabie saoudite et Koweït (contingents), soutien politique ou logistique de l’Algérie, du Maroc, du Soudan et de la Tunisie.
[7] Mekhina: école préparatoire religieuse et militaire, destinée aux jeunes Israéliens avant leur service dans Tsahal ; elle combine études de Torah, formation civique et entraînement physique.

Tel Susya, Israël

Chelakh Lekha [1] (שְׁלַח לְךָ – « envoie pour toi »)
Nombres 13,1–15,41 • Yehochoua 2,1–24

Douze explorateurs sont envoyés reconnaître la Terre d’Israël. Caleb et Yehochoua ne doutent pas de la promesse divine, mais le rapport des dix autres fait perdre courage au peuple. Le livre de Yehochoua relate à son tour l’envoi de deux espions à Jéricho.

Nombres 13,23
וַיָּבֹאוּ עַד־נַחַל אֶשְׁכּוֹל וַיִּכְרְתוּ מִשָּׁם זְמוֹרָה וְאֶשְׁכּוֹל עֲנָבִים אֶחָד
« Ils arrivèrent jusqu’à la vallée d’Eshkol [2] et y coupèrent une branche de vigne portant une seule grappe de raisin. »

Mentionnée dans le récit biblique, cette vallée se situe dans la région d’Hébron, au sud des collines de Judée. L’importance de la vigne dans cette zone est attestée depuis l’Antiquité, notamment à Susya. Les fouilles [3] y ont mis au jour un grand pressoir taillé dans la roche, daté du Vᵉ ou VIᵉ siècle, ainsi que plusieurs installations agricoles. À proximité du pressoir, les vestiges de la synagogue byzantine, édifiée au IVᵉ siècle et utilisée jusqu’au VIIIᵉ, témoignent de la vitalité de la communauté juive qui occupait le site durant cette période. L’édifice, orienté vers Jérusalem, conserve encore son sol en mosaïque et plusieurs inscriptions hébraïques. L’ensemble illustre la prospérité d’un village où la production de vin occupait une place centrale dans la vie économique et religieuse. Aujourd’hui encore, la viticulture y demeure vivace, portée par des vins réputés tels que le Cabernet Sauvignon de Hebron Heights.


[1] En diaspora, la paracha lue cette semaine est Beha’alotekha.
[2] Eshkol (אֶשְׁכּוֹל) est un terme hébraïque qui désigne une grappe de raisin. Le mot provient d’une racine exprimant l’idée d’un amas ou d’un groupement serré, en référence à la structure même de la grappe. Dans le Tanakh, il devient un signe de fertilité et de richesse de la Terre d’Israël, et un symbole d’abondance associé à la bénédiction divine.
[3] Fouilles conduites par Ze’ev Yeivin, Amnon Negev et Yitzhak Magen, archéologues rattachés aux institutions israéliennes de gestion du patrimoine (notamment l’Autorité des Antiquités d’Israël et l’Administration civile de Judée‑Samarie), spécialistes de l’archéologie de la période byzantine en Judée et des villages juifs de cette époque.