Al‑‘Ula, Arabie saoudite

Matot–Massé (מַטּוֹת–מַסְעֵי — Tribus – Étapes)
Nombres 30,2–36,13 • Irmyahou (Jérémie) 2,4–28 ; 3,4

Matot traite des vœux, puis de la guerre contre Madyan et du partage des territoires situés à l’est du Jourdain. Massé récapitule les quarante‑deux étapes du désert, fixe les frontières de Canaan, institue les villes de refuge et conclut sur l’héritage des filles de Tselof’had. Dans la haftara[1], le prophète Irmyahou appelle Israël à revenir vers Dieu et dénonce la rupture de l’Alliance qui fragilise le peuple.

Nombres 31,2[2]
נְקֹם נִקְמַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל מֵאֵת הַמִּדְיָנִים

« Exerce la vengeance des enfants d’Israël sur les Madyanites. »

Les sources anciennes[3] situent le territoire des Madyanites dans le nord‑ouest de l’actuelle Arabie saoudite, autour du Wadi al‑Qurā (Vallée des villages). C’est au cœur de cette région qu’en 2019 des fouilles franco‑saoudiennes[4] ont mis au jour, dans la ville d’Al‑‘Ula (La Sublime), un établissement occupé entre le IIIᵉ et le VIIᵉ siècle. Les dépotoirs domestiques ont livré des os de mouton et de chèvre, mais aucun dromadaire[5], animal pourtant omniprésent dans la région. Des inscriptions nabatéennes portant des noms juifs[6] corroborent l’existence d’une communauté juive installée dans cette vallée. Le site est abandonné au début du VIIᵉ siècle, mais un nouvel établissement est aussitôt construit à proximité. Des inscriptions hébraïques médiévales — distinctes des inscriptions nabatéennes antiques — y témoignent d’une présence juive[7] encore attestée jusqu’au Xᵉ siècle.

[1] La haftara relève du cycle des tlata de‑pouranouta (תלתא דפורענותא), expression araméenne signifiant « les trois réprimandes ». Ce cycle désigne les trois haftarot lues les trois shabbats précédant Ticha be‑Av (Irmyahou 1–2 ; Irmyahou 2–3 ; Yeshayahou 1), indépendamment du contenu de la paracha.
[2] נִקְמַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל (nikmat bene Israël), « la vengeance des enfants d’Israël ». Au verset suivant (Nombres 31,3), lorsque Moché transmet cet ordre au peuple, l’expression devient נִקְמַת־ה׳ (nikmat Hachem), « la vengeance de l’Éternel ». Rachi explique ce changement : quiconque s’en prend à Israël s’en prend au Saint, béni soit‑Il ; la vengeance d’Israël et celle de Dieu sont indissociables.
[3] Madyan est identifié dans les sources juives — Onkelos (Targoum, IIᵉ siècle) et Flavius Josèphe (Antiquités judaïques, Iᵉʳ siècle) —, dans les sources grecques — Ptolémée (Géographie, IIᵉ siècle) et Strabon (Géographie, Iᵉʳ siècle AEC) — ainsi que dans les sources arabes médiévales — al‑Ya‘qūbī (Kitāb al‑BuldanLivre des pays, IXᵉ siècle), al‑Muqaddasī (Aḥsan al‑TaqāsīmLa meilleure répartition des provinces, Xᵉ siècle) et Yāqūt al‑Ḥamawī (Mu‘jam al‑BuldanDictionnaire des lieux, XIIIᵉ siècle). Toutes situent Madyan dans le nord‑ouest de l’Arabie, autour de Tabouk, du golfe d’Aqaba et du Wadi al‑Qurā, région correspondant à l’actuelle zone d’Al‑‘Ula.
[4] Fouilles menées par les archéologues Jérôme Rohmer (France) et Abdulrahman Alsuhaibani (Arabie saoudite), en collaboration avec les équipes du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), d’AFALULA (Agence française pour le développement d’Al‑‘Ula) et de la RCU (Royal Commission for AlUla). Les résultats ont été publiés dans Arabian Archaeology and Epigraphy, 2025.
[5] Le dromadaire et le chameau sont classés parmi les animaux impurs : Lévitique 11,4 ; Deutéronome 14,7. Leur présence dans la région est massive dès l’Antiquité, mais leur absence dans les dépotoirs d’Al‑‘Ula évoque une pratique alimentaire conforme aux prescriptions bibliques.
[6] Les inscriptions nabatéennes découvertes sur ostraca et blocs architecturaux — écrites de droite à gauche — portent des anthroponymes juifs, tels que ʾnny bn ywsf (ענני בן יוסף, Anani ben Yosef) ou nhmy bn ydy (נחמי בן ידי, Ne‘hami ben Yadi), corroborant les autres indices d’une communauté juive installée dans la vallée du Wadi al‑Qurā.
[7] Les géographes arabes médiévaux — notamment al‑Ya‘qūbī — conservent le souvenir d’une présence juive ancienne dans la région du Wadi al‑Qurā. Les inscriptions hébraïques médiévales, retrouvées sur un site voisin d’Al‑‘Ula et distinctes des inscriptions nabatéennes antiques, attestent une présence juive dans cette région jusqu’au Xe siècle.

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