Moisés Ville, Argentine

Ekev (עֵקֶב — « Parce que » / « talon »)
Deutéronome 7,12 – 11,25 • Isaïe 49,14 – 51,3**

Moché promet à Israël l’abondance du pays que l’Éternel lui donne, à condition que le peuple n’oublie jamais, une fois rassasié[1], que cette prospérité vient de Dieu. Après avoir décrit la richesse de la Terre, il met en garde contre le danger d’un cœur qui s’enorgueillit de sa réussite et oublie Celui qui en est la source. Isaïe, dans la haftara, répond à Sion qui se croit abandonnée : « Une femme oublie-t-elle son nourrisson ? » (49,15).

Deutéronome 8,8
אֶרֶץ חִטָּה וּשְׂעֹרָה, וְגֶפֶן וּתְאֵנָה וְרִמּוֹן; אֶרֶץ־זֵית שֶׁמֶן, וּדְבָשׁ.
« Un pays qui produit le froment et l’orge, le raisin, la figue et la grenade, l’olive huileuse et le miel. »

En 1889, plus de 130 familles originaires de Podolie[2], poussées à l’émigration par les persécutions antijuives, débarquent à Buenos Aires à bord du SS Weser[3]. Les terres promises près de La Plata se révèlent indisponibles ; Pedro Palacios, propriétaire terrien, leur vend des terres dans la province de Santa Fe[4]. Les familles s’y installent, mais elles affrontent le typhus, la faim et une grande précarité.

Le 11 septembre 1891, le baron Maurice de Hirsch[5] fonde la JCA pour soutenir et développer les colonies agricoles juives existantes[6]. Sous l’impulsion spirituelle de Rabbi Aharon Halevi Goldman[7], le village prend le nom de Moisés Ville[8], en référence à Moché Rabbénou, qui conduit son peuple d’une terre d’oppression à une terre d’accueil.

La synagogue Barón Hirsch[9], la seule encore active, est bâtie peu après l’installation des colons, puis rénovée en 1927 : les salles latérales réservées aux femmes sont démolies au profit d’un balcon supérieur intégré à la salle principale. Sa bimah, réalisée en bois par les premiers éleveurs, évoque un corral de la pampa, symbole de la rencontre entre la tradition juive et la culture locale. La population juive a fortement diminué au cours du XXᵉ siècle, nombre de descendants des colons ayant rejoint les grandes villes. Leur épopée est immortalisée par l’écrivain argentin Alberto Gerchunoff dans Los Gauchos Judíos (1910).


[1] Birkat Hamazon
Deutéronome 8,10 « Tu mangeras, tu seras rassasié, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour le bon pays qu’Il t’a donné. » Ce verset est la source rabbinique du Birkat Hamazon (Tossefta Berakhot 6,1 ; voir aussi Sefer HaHinnoukh, mitsva 430).
[2] Podolie
Région de l’Empire russe (actuelle Ukraine), la Podolie fut un important foyer d’émigration juive, poussée par les pogroms et les actes antisémites, vers les Amériques à la fin du XIXᵉ siècle.
[3] Voyage du SS Weser
Les familles quittent Kamenetz-Podolsk, en Podolie, rejoignent Bremerhaven, en Allemagne, où elles embarquent à bord du SS Weser. Elles accostent à Buenos Aires le 14 août 1889.
[4] Contrats fonciers Hernández et Palacios
Les Podoliens subissent une double tromperie. Le premier projet d’installation, conclu à Paris avec le propriétaire Rafael Hernández pour des terres près de La Plata, échoue lorsque celui-ci renonce à la vente après la forte hausse du prix du foncier. Réorientées vers Pedro Palacios, les familles concluent un nouveau contrat à des conditions défavorables : les terres leur sont vendues à un prix largement supérieur au marché (4 à 10 fois la valeur courante) et les logements, outils et semences promis dans le contrat ne sont jamais livrés.
[5] Maurice de Hirsch (1831–1896)
Né à Munich dans une famille juive bavaroise anoblie, il fait fortune dans les chemins de fer et la banque avant de se consacrer à la philanthropie juive. La mort de son fils unique, Lucien de Hirsch de Gereuth (1856–1887), le laisse sans héritier direct ; c’est à la suite de ce deuil qu’il déclare vouloir faire de l’humanité son héritière, et qu’il consacre l’essentiel de sa fortune à la création de colonies agricoles juives. La baronne Clara de Hirsch, son épouse, fait construire en 1901 à Paris l’école Lucien-de-Hirsch, destinée à l’origine à l’intégration des enfants juifs immigrés, en mémoire de leur fils. Maurice de Hirsch meurt en Hongrie en avril 1896 et est inhumé à Paris au cimetière de Montmartre.
[6] Jewish Colonization Association (JCA)
La JCA acquiert au fil des ans plus de 600 000 hectares de pampa en Argentine, consolidant et finançant à plus grande échelle des colonies déjà existantes, dont Moisés Ville.
[7] Rabbi Aharon Halevi Goldman (1853–1932)
Considéré comme le premier rabbin à s’établir durablement en Argentine. Arrivé à bord du SS Weser, il fonde les principales institutions religieuses et éducatives de la colonie. Il entretient une correspondance avec plusieurs autorités rabbiniques de son époque ; ses responsa ont été publiés sous le titre Divrei Aharon (Jérusalem, 1981). Il repose au cimetière historique de Moisés Ville.
[8] Origine du nom Moisés Ville
Selon la tradition locale, Rabbi Goldman, à la demande de Pedro Palacios, propose le nom Kiriat Moshé, en référence explicite à Moché Rabbénou conduisant son peuple vers la Terre promise. Un agent nommé Horovich, ne parlant pas espagnol, aurait traduit ce nom sous la forme française « Moïse ville » ; le nom fut ensuite transcrit en espagnol sous la forme « Moisés Ville ».
[9] Édifices communautaires de Moisés Ville
Outre la synagogue Barón Hirsch (1920), on recense la synagogue Brener / Beit Midrash Agadol (1905), la synagogue Lituana (1915) et la synagogue Obrera / Arbeter Shoul (1916), ainsi que des institutions culturelles et éducatives : la Bibliothèque populaire Barón Hirsch (1913), le centre culturel et théâtre Kadima (1909), l’École juive Iahaduth (début du XXᵉ siècle) et le Musée de la colonisation juive et de l’histoire communale (XXᵉ siècle). Le cimetière israélite (1891) est le plus ancien cimetière juif d’Argentine.

Cabane Nissen, Larnaca

Vaet’hanan (ואתחנן — « Je suppliai »)
Chabat Na’hamou
(שבת נחמו — Chabbat de la consolation) 
Deutéronome 3,23 – 7,11 – Isaïe 40,1–26

Malgré ses supplications, Moché n’obtient pas l’autorisation d’entrer en Terre d’Israël. Il rappelle les Dix Paroles au peuple et énonce la principale profession de foi juive, le Chema Israël. La haftara tirée d’Ichayahou ouvre les sept haftarot de consolation qui suivent Ticha BeAv : même dans la dispersion, Dieu n’abandonne jamais son peuple.

Deutéronome 3,25
אֶעְבְּרָה־נָּא וְאֶרְאֶה אֶת־הָאָרֶץ הַטּוֹבָה
« Laisse‑moi passer, je t’en prie, et voir le bon pays. »

Les Juifs se voient refuser l’accès à la Terre d’Israël par le gouvernement britannique[1]. Entre août 1946 et février 1949, la Royal Navy arraisonne en mer les navires transportant plus de 52 000 Juifs[2], pour la plupart des rescapés de la Shoah. Elle les interne dans des camps[3], où ils sont logés selon les sites dans des cabanes Nissen[4] ou sous des tentes, derrière des doubles clôtures électrifiées surveillées par des miradors espacés d’une centaine de mètres, sur l’île de Chypre.

L’une des cabanes Nissen, reconvertie en hangar agricole, est identifiée lors d’un déplacement dans la région de Famagouste par le grand rabbin de Chypre, Arie Zeev Raskin[5], comme l’un des rares vestiges conservés de l’internement des Juifs à Chypre. Elle est ensuite acquise, démontée, restaurée puis remontée au Musée juif de Chypre, à Larnaca, en 2021. Elle constitue aujourd’hui un témoin matériel exceptionnel de cet épisode, et sa préservation s’inscrit dans le développement d’un complexe muséal élargi[6], actuellement en construction.

[1] Le Livre blanc de 1939, publié par le gouvernement britannique de Neville Chamberlain (mai 1937–mai 1940), marque un revirement majeur, à l’opposé des engagements antérieurs, notamment la Déclaration Balfour (1917) qui promettait un « foyer national juif » en Palestine. Adopté le 17 mai 1939, il vise à apaiser la révolte arabe (1936–1939) et à assurer la stabilité des territoires placés sous influence britannique au Moyen-Orient à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le texte limite l’immigration juive à 75 000 personnes sur cinq ans, interdit toute immigration ultérieure sans accord des Arabes, et restreint l’achat de terres par les Juifs. Maintenu par le gouvernement de Clement Attlee (1945–1951) après la Shoah, il conduit au refoulement des survivants juifs et à leur internement dans les camps britanniques de Chypre.
[2] Entre 1946 et 1949, les sources situent le nombre d’internés entre 52 000 et 53 500. Près de 80 % des internés ont entre 13 et 35 ans. Plus de 2 000 enfants naissent dans les camps ; environ 400 personnes y décèdent. Les derniers quittent l’île en février 1949.
[3] Les Britanniques installent douze camps de détention répartis sur trois sites : Dhekelia et Xylotymbou, près de Larnaca, dotés principalement de cabanes Nissen, et Karaolos, près de Famagouste, constitué majoritairement de tentes.
[4] Les cabanes Nissen sont des constructions militaires standardisées : tôle ondulée cintrée sur ossature métallique, sans isolation — brûlantes l’été, glaciales l’hiver. Elles sont inventées en 1916 par l’ingénieur britannique Peter Norman Nissen (1871 – 1930).
[5] Le rabbin Arie Zeev Raskin est grand rabbin de Chypre depuis 2003 et émissaire du mouvement Habad-Loubavitch sur l’île. Il est à l’initiative du Musée juif de Chypre à Larnaca et du projet de sauvegarde d’une cabane Nissen, pour préserver et transmettre la mémoire de l’internement des réfugiés juifs à Chypre après la Shoah.
[6] Le Musée juif de Chypre a été conçu par le rabbin Raskin notamment pour honorer la solidarité des Chypriotes qui apportaient nourriture, eau et médicaments aux internés. Selon Skevi Philippou, artiste et cheffe de projet du musée, citée par le Cyprus Mail (3 juillet 2021), le rabbin voyait dans cette démarche une façon de rendre hommage à des personnes qu’il considère comme de véritables héros.

Etz Haïm, Volozhin, Biélorussie

1803

Devarim (דְּבָרִים — Paroles)
Chabbat ‘Hazon ( שַׁבָּת חֲזוֹן  – Chabbat de la Vision )
Deut. 1,1–3,22 • Ichayahou (Isaïe) 1,1–27

Avant l’entrée en Canaan, Moché retrace le parcours d’Israël dans le désert et transmet la Torah à la nouvelle génération. Dans la haftara, Ichayahou ouvre son livre par une vision où Dieu dénonce les fautes de Jérusalem et annonce le jugement qui la menace, prélude à une purification et à un renouveau.

Deut. 1,5
הוֹאִיל מֹשֶׁה בֵּאֵר אֶת הַתּוֹרָה הַזֹּאת
« Moché entreprit d’expliciter cette Torah. »

Expliciter la Torah, la rendre intelligible : tel est aussi le projet de Rabbi Haïm de Volozhin[1] lorsqu’il fonde la yeshiva Etz Haïm[2] en 1803. Il y développe une méthode d’étude qui privilégie le sens simple (pchat)[3] du texte et son analyse rigoureuse.

Dans les années 1880-1890, le tsar Alexandre III impose une politique de russification et impose de nouvelles conditions au programme d’études[4]. Rabbi Naftali Tsvi Yehouda Berlin[5], alors à la tête de la yeshiva, refuse de s’y soumettre. Après près d’un siècle d’activité, l’établissement ferme en 1892. Il rouvre en 1899, sur une échelle réduite, et poursuit son activité jusqu’à l’anéantissement de la communauté juive[6] par l’Allemagne nazie durant la Shoah.

Restitué à la communauté juive en 1989 puis confié en 2000 à l’Union religieuse juive du Bélarus, le bâtiment est restauré à partir de 2008 grâce à diverses ONG [7]. Aujourd’hui ouvert comme musée consacré à la mémoire du judaïsme lituanien, il figure sur le Belarus Jewish Heritage Trail, circuit patrimonial dédié aux principaux sites de mémoire juive du pays.

[1] Rabbi Haïm ben Yitsḥak de Volozhin (1749–1821) étudie auprès du Shaagas Aryeh, puis de Raphaël ha-Kohen Hamburger (1722–1803), grand rabbin de Vilna. À vingt-cinq ans, il devient le principal disciple du Gaon de Vilna (1720–1797), qu’il accompagne jusqu’à sa mort. Son œuvre majeure, Nefesh Ha-Haïm, expose une théologie structurée de la Torah, de la prière et de la crainte de Dieu.
[2] À l’ouverture de la yeshiva, Rabbi Haïm entretient sur ses fonds propres une dizaine d’élèves. Dès 1804, il lance un appel aux dons afin de permettre à l’école de se développer. En une vingtaine d’années, ses effectifs passent d’une dizaine à plusieurs centaines d’élèves, et l’établissement devient la « mère des yeshivot lituaniennes », modèle pour Mir, Slobodka, Telz, Kelm et Ponevezh.
[3] Le pchat, le sens simple, est le premier des quatre niveaux traditionnels d’interprétation, avec le remez (allusion), le drash (lecture homilétique) et le sod (dimension cachée). Cette attention portée d’abord au pchat caractérise la méthode de Volozhin, qui privilégie l’étude analytique du texte avant les lectures homilétiques ou mystiques.
[4] En 1891, le ministre de l’Instruction publique Ivan Delyanov impose de nouvelles conditions aux programmes d’études : les études séculières doivent se dérouler de 9 h à 15 h, les enseignants doivent être titulaires d’un diplôme d’État et l’étude nocturne à la yeshiva est interdite. L’ensemble de ces mesures réduit pratiquement à néant le temps consacré à l’étude religieuse.
[5] Rabbi Naftali Tsvi Yehouda Berlin (1816–1893), appelé le Netziv (נצי״ב), dirige la yeshiva de Volozhin durant la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Il épouse Rayna Batya Volozhiner, petite-fille de Rabbi Haïm de Volozhin. Son magistère marque durablement l’institution, et le Rav Avraham Yitsḥak ha-Cohen Kook, élève de Volozhin dans les années 1880, reconnaît l’influence décisive du Netziv sur sa formation.
[6] Avant-guerre, environ la moitié de la population de Volozhin est juive, soit près de 3 000 personnes à la veille de la Shoah. Lors de l’occupation allemande de 1941, un ghetto est créé, suivi d’exécutions de masse, puis de la liquidation quasi totale de la communauté en 1942.
[7] World Monuments Fund (WMF) : organisation internationale basée à New York, spécialisée dans la préservation des sites historiques menacés. Yad Yisroel : organisation juive orthodoxe active en Europe de l’Est, notamment en Biélorussie et en Ukraine. Agudath Israel : organisation juive orthodoxe américaine engagée dans l’éducation et le soutien communautaire. L’Union des Communautés Religieuses Juives du Bélarus (URJCB) est l’organisme officiel qui gère synagogues, lieux de mémoire et institutions religieuses.

Al‑‘Ula, Arabie saoudite

Matot–Massé (מַטּוֹת–מַסְעֵי — Tribus – Étapes)
Nombres 30,2–36,13 • Irmyahou (Jérémie) 2,4–28 ; 3,4

Matot traite des vœux, puis de la guerre contre Madyan et du partage des territoires situés à l’est du Jourdain. Massé récapitule les quarante‑deux étapes du désert, fixe les frontières de Canaan, institue les villes de refuge et conclut sur l’héritage des filles de Tselof’had. Dans la haftara[1], le prophète Irmyahou appelle Israël à revenir vers Dieu et dénonce la rupture de l’Alliance qui fragilise le peuple.

Nombres 31,2[2]
נְקֹם נִקְמַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל מֵאֵת הַמִּדְיָנִים

« Exerce la vengeance des enfants d’Israël sur les Madyanites. »

Les sources anciennes[3] situent le territoire des Madyanites dans le nord‑ouest de l’actuelle Arabie saoudite, autour du Wadi al‑Qurā (Vallée des villages). C’est au cœur de cette région qu’en 2019 des fouilles franco‑saoudiennes[4] ont mis au jour, dans la ville d’Al‑‘Ula (La Sublime), un établissement occupé entre le IIIᵉ et le VIIᵉ siècle. Les dépotoirs domestiques ont livré des os de mouton et de chèvre, mais aucun dromadaire[5], animal pourtant omniprésent dans la région. Des inscriptions nabatéennes portant des noms juifs[6] corroborent l’existence d’une communauté juive installée dans cette vallée. Le site est abandonné au début du VIIᵉ siècle, mais un nouvel établissement est aussitôt construit à proximité. Des inscriptions hébraïques médiévales — distinctes des inscriptions nabatéennes antiques — y témoignent d’une présence juive[7] encore attestée jusqu’au Xᵉ siècle.

[1] La haftara relève du cycle des tlata de‑pouranouta (תלתא דפורענותא), expression araméenne signifiant « les trois réprimandes ». Ce cycle désigne les trois haftarot lues les trois shabbats précédant Ticha be‑Av (Irmyahou 1–2 ; Irmyahou 2–3 ; Yeshayahou 1), indépendamment du contenu de la paracha.
[2] נִקְמַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל (nikmat bene Israël), « la vengeance des enfants d’Israël ». Au verset suivant (Nombres 31,3), lorsque Moché transmet cet ordre au peuple, l’expression devient נִקְמַת־ה׳ (nikmat Hachem), « la vengeance de l’Éternel ». Rachi explique ce changement : quiconque s’en prend à Israël s’en prend au Saint, béni soit‑Il ; la vengeance d’Israël et celle de Dieu sont indissociables.
[3] Madyan est identifié dans les sources juives — Onkelos (Targoum, IIᵉ siècle) et Flavius Josèphe (Antiquités judaïques, Iᵉʳ siècle) —, dans les sources grecques — Ptolémée (Géographie, IIᵉ siècle) et Strabon (Géographie, Iᵉʳ siècle AEC) — ainsi que dans les sources arabes médiévales — al‑Ya‘qūbī (Kitāb al‑BuldanLivre des pays, IXᵉ siècle), al‑Muqaddasī (Aḥsan al‑TaqāsīmLa meilleure répartition des provinces, Xᵉ siècle) et Yāqūt al‑Ḥamawī (Mu‘jam al‑BuldanDictionnaire des lieux, XIIIᵉ siècle). Toutes situent Madyan dans le nord‑ouest de l’Arabie, autour de Tabouk, du golfe d’Aqaba et du Wadi al‑Qurā, région correspondant à l’actuelle zone d’Al‑‘Ula.
[4] Fouilles menées par les archéologues Jérôme Rohmer (France) et Abdulrahman Alsuhaibani (Arabie saoudite), en collaboration avec les équipes du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), d’AFALULA (Agence française pour le développement d’Al‑‘Ula) et de la RCU (Royal Commission for AlUla). Les résultats ont été publiés dans Arabian Archaeology and Epigraphy, 2025.
[5] Le dromadaire et le chameau sont classés parmi les animaux impurs : Lévitique 11,4 ; Deutéronome 14,7. Leur présence dans la région est massive dès l’Antiquité, mais leur absence dans les dépotoirs d’Al‑‘Ula évoque une pratique alimentaire conforme aux prescriptions bibliques.
[6] Les inscriptions nabatéennes découvertes sur ostraca et blocs architecturaux — écrites de droite à gauche — portent des anthroponymes juifs, tels que ʾnny bn ywsf (ענני בן יוסף, Anani ben Yosef) ou nhmy bn ydy (נחמי בן ידי, Ne‘hami ben Yadi), corroborant les autres indices d’une communauté juive installée dans la vallée du Wadi al‑Qurā.
[7] Les géographes arabes médiévaux — notamment al‑Ya‘qūbī — conservent le souvenir d’une présence juive ancienne dans la région du Wadi al‑Qurā. Les inscriptions hébraïques médiévales, retrouvées sur un site voisin d’Al‑‘Ula et distinctes des inscriptions nabatéennes antiques, attestent une présence juive dans cette région jusqu’au Xe siècle.

Musmeah Yeshua, Rangoun, Birmanie

1896

Pinhas (פִּינְחָס)
Nombres 25,10–30,1 • 1 Rois 18,46–19,21

La paracha raconte que Pin’has agit avec un zèle qui lui vaut l’alliance d’un sacerdoce perpétuel transmis à sa descendance, et la haftara montre Élie, épuisé mais lui aussi animé d’un zèle fervent, recevant de Dieu la force de poursuivre sa mission et d’instituer Élicha comme successeur.

I Rois 19,16
… וְאֶת-אֱלִישָׁע בֶּן-שָׁפָט מֵאָבֵל מְחוֹלָה, תִּמְשַׁח לְנָבִיא תַּחְתֶּיךָ.
« Et Élicha, fils de Chafat, d’Avel-Me’holha, tu l’oindras comme prophète à ta place. »

En 1978, Isaac Samuels, gardien de la synagogue Musmeah Yeshua (משמיע ישועה – « Celui qui fait entendre le salut »), au cœur du vieux Rangoun (Yangon ), en Birmanie (Myanmar ), transmet à son fils Moses la responsabilité de veiller sur la synagogue et lui fait promettre de ne jamais l’abandonner. Moses tient cette promesse et, à sa mort en 2015, son fils Sammy reprend naturellement la charge du lieu [1] avec ses sœurs Dina et Kaznah.

C’est la seule synagogue du pays[2], inaugurée en 1896. Son style mêle architecture coloniale britannique et tradition séfarade, avec des bancs en rotin adaptés au climat tropical et une coupole peinte en bleu et blanc. Elle servait autrefois une communauté juive[3] prospère, qui possédait 126 rouleaux de Torah, dont seulement deux subsistent aujourd’hui.

À partir de l’invasion japonaise, puis avec l’instauration du régime militaire [4], la communauté se dispersa progressivement, famille après famille, jusqu’à ne laisser aujourd’hui qu’une vingtaine de Juifs dans le pays.

[[1] Témoignages de la famille Samuels, recueillis dans des reportages consacrés à la synagogue Musmeah Yeshua (notamment Jerusalem Post et Haaretz, ainsi que dans la dépêche de la Jewish Telegraphic Agency (JTA) du 29 avril 2015 annonçant le décès de Moses Samuels). L’histoire est également documentée dans le film The Last Synagogue of Yangon, réalisé par Maya Ben‑Dor, ainsi que dans les travaux de Ruth Levy, historienne des communautés juives d’Asie du Sud‑Est, et de Graham Harvey, anthropologue britannique spécialiste des minorités religieuses.
[2]Une première synagogue en bois fut construite en 1854.
[3] La communauté juive de Birmanie comptait environ 2 500 personnes en 1940, figurant parmi les plus importantes d’Asie du Sud‑Est. Elle était composée principalement de Juifs baghdadis, arrivés d’Irak aux XVIIIᵉ–XIXᵉ siècles et établis à Calcutta et à Bombay, auxquels s’ajoutaient quelques familles Bene Israel, communauté très ancienne de la côte de Konkan (Bombay), mêlant une ascendance juive moyen‑orientale et indienne, ainsi que des Juifs de Cochin, installés depuis le XVe siècle dans le Kerala, porteurs de traditions séfarades et yéménites.
[4] L’invasion japonaise de 1942 provoqua l’évacuation de la majorité des Juifs de Rangoon vers l’Inde britannique. Plus tard, l’instauration du régime militaire en 1962 entraîna un isolement politique et économique qui accentua l’exode de la communauté juive et des autres minorités. Le pays demeure aujourd’hui sous l’autorité d’une junte militaire, issue d’un énième coup d’État (2021), maintenant un régime autoritaire et un contrôle strict de la vie politique.