
Devarim (דְּבָרִים — Paroles)
Chabbat ‘Hazon ( שַׁבָּת חֲזוֹן – Chabbat de la Vision )
Deut. 1,1–3,22 • Ichayahou (Isaïe) 1,1–27
Avant l’entrée en Canaan, Moché retrace le parcours d’Israël dans le désert et transmet la Torah à la nouvelle génération. Dans la haftara, Ichayahou ouvre son livre par une vision où Dieu dénonce les fautes de Jérusalem et annonce le jugement qui la menace, prélude à une purification et à un renouveau.
Deut. 1,5
הוֹאִיל מֹשֶׁה בֵּאֵר אֶת הַתּוֹרָה הַזֹּאת
« Moché entreprit d’expliciter cette Torah. »
Expliciter la Torah, la rendre intelligible : tel est aussi le projet de Rabbi Haïm de Volozhin[1] lorsqu’il fonde la yeshiva Etz Haïm[2] en 1803. Il y développe une méthode d’étude qui privilégie le sens simple (pchat)[3] du texte et son analyse rigoureuse.
Dans les années 1880-1890, le tsar Alexandre III impose une politique de russification et impose de nouvelles conditions au programme d’études[4]. Rabbi Naftali Tsvi Yehouda Berlin[5], alors à la tête de la yeshiva, refuse de s’y soumettre. Après près d’un siècle d’activité, l’établissement ferme en 1892. Il rouvre en 1899, sur une échelle réduite, et poursuit son activité jusqu’à l’anéantissement de la communauté juive[6] par l’Allemagne nazie durant la Shoah.
Restitué à la communauté juive en 1989 puis confié en 2000 à l’Union religieuse juive du Bélarus, le bâtiment est restauré à partir de 2008 grâce à diverses ONG [7]. Aujourd’hui ouvert comme musée consacré à la mémoire du judaïsme lituanien, il figure sur le Belarus Jewish Heritage Trail, circuit patrimonial dédié aux principaux sites de mémoire juive du pays.
[1] Rabbi Haïm ben Yitsḥak de Volozhin (1749–1821) étudie auprès du Shaagas Aryeh, puis de Raphaël ha-Kohen Hamburger (1722–1803), grand rabbin de Vilna. À vingt-cinq ans, il devient le principal disciple du Gaon de Vilna (1720–1797), qu’il accompagne jusqu’à sa mort. Son œuvre majeure, Nefesh Ha-Haïm, expose une théologie structurée de la Torah, de la prière et de la crainte de Dieu.
[2] À l’ouverture de la yeshiva, Rabbi Haïm entretient sur ses fonds propres une dizaine d’élèves. Dès 1804, il lance un appel aux dons afin de permettre à l’école de se développer. En une vingtaine d’années, ses effectifs passent d’une dizaine à plusieurs centaines d’élèves, et l’établissement devient la « mère des yeshivot lituaniennes », modèle pour Mir, Slobodka, Telz, Kelm et Ponevezh.
[3] Le pchat, le sens simple, est le premier des quatre niveaux traditionnels d’interprétation, avec le remez (allusion), le drash (lecture homilétique) et le sod (dimension cachée). Cette attention portée d’abord au pchat caractérise la méthode de Volozhin, qui privilégie l’étude analytique du texte avant les lectures homilétiques ou mystiques.
[4] En 1891, le ministre de l’Instruction publique Ivan Delyanov impose de nouvelles conditions aux programmes d’études : les études séculières doivent se dérouler de 9 h à 15 h, les enseignants doivent être titulaires d’un diplôme d’État et l’étude nocturne à la yeshiva est interdite. L’ensemble de ces mesures réduit pratiquement à néant le temps consacré à l’étude religieuse.
[5] Rabbi Naftali Tsvi Yehouda Berlin (1816–1893), appelé le Netziv (נצי״ב), dirige la yeshiva de Volozhin durant la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Il épouse Rayna Batya Volozhiner, petite-fille de Rabbi Haïm de Volozhin. Son magistère marque durablement l’institution, et le Rav Avraham Yitsḥak ha-Cohen Kook, élève de Volozhin dans les années 1880, reconnaît l’influence décisive du Netziv sur sa formation.
[6] Avant-guerre, environ la moitié de la population de Volozhin est juive, soit près de 3 000 personnes à la veille de la Shoah. Lors de l’occupation allemande de 1941, un ghetto est créé, suivi d’exécutions de masse, puis de la liquidation quasi totale de la communauté en 1942.
[7] World Monuments Fund (WMF) : organisation internationale basée à New York, spécialisée dans la préservation des sites historiques menacés. Yad Yisroel : organisation juive orthodoxe active en Europe de l’Est, notamment en Biélorussie et en Ukraine. Agudath Israel : organisation juive orthodoxe américaine engagée dans l’éducation et le soutien communautaire. L’Union des Communautés Religieuses Juives du Bélarus (URJCB) est l’organisme officiel qui gère synagogues, lieux de mémoire et institutions religieuses.