Stolpersteine, Allemagne

Choftim (שֹׁפְטִים — Juges)
Deutéronome 16:18 – 21:9 • Isaïe 51:12 – 52:12

Moché ordonne à Israël d’établir des juges et des officiers ; la haftara proclame que D.ieu est le juge et consolateur ultime, promettant à Sion qu’elle ne sera pas oubliée.

Choftim 16,18
וְשֹׁפְטִים וְשֹׁטְרִים תִּתֶּן־לְךָ בְּכָל־שְׁעָרֶיךָ
« Tu établiras pour toi des juges et des magistrats dans toutes tes portes[1]

Sur les trottoirs de Berlin, plus de 11 000 pierres[2] font mémoire des personnes persécutées par le nazisme. Créées par l’artiste allemand Gunter Demnig[3], les Stolpersteine[4] sont posées devant le dernier domicile que ces personnes purent choisir avant que les persécutions ne les en arrachent.

Sous le régime nazi, les personnes persécutées furent progressivement privées de leurs droits, de leurs biens, de leur liberté et, pour beaucoup, de leur vie. Réduites à des catégories et à des numéros, leur mémoire fut effacée de l’espace public. Le projet de Gunter Demnig vise à inverser symboliquement ce processus en réintroduisant les noms dans les rues et les lieux de vie. Chaque pierre porte le nom de la personne, sa date de naissance et, selon les informations disponibles, quelques indications sur son destin. Le nom revient ainsi dans l’espace où cette personne avait vécu.

Le passant doit s’arrêter et se pencher pour lire le nom inscrit sur la pierre — celui d’une personne que le régime nazi avait cherché à effacer.

[1] Avant chaque pose, la Koordinierungsstelle Stolpersteine Berlin vérifie que l’adresse retenue correspond bien à un domicile choisi par la personne avant sa spoliation ou son assignation forcée, et non au lieu imposé par les mesures de persécution. Cette vérification, effectuée au cas par cas, conditionne la pose de chaque pierre.
[2] Stolpersteine : Pavé en béton de 10 × 10 cm sur lequel est scellée une plaque en laiton de 10 × 10 cm gravée à la main. Aujourd’hui, plus de 126 000 Stolpersteine ont été posées en Allemagne et dans 31 autres pays européens, ce qui en fait le plus grand mémorial décentralisé au monde. À Berlin, plus de 11 000 sont visibles dans les rues de la ville.
[3] Gunter Demnig, artiste allemand né à Berlin en 1947, est l’initiateur des Stolpersteine. En mai 1990, il trace à la peinture blanche le trajet de déportation de 1 000 Tziganes (Sintés et Roms) de Cologne vers la gare de Deutz (mai 1940), premier geste préfigurant le projet. Le 16 décembre 1992, pour le cinquantième anniversaire du décret Himmler ordonnant leur déportation, il pose une première pierre isolée devant l’hôtel de ville de Cologne. La pose en série commence en janvier 1995 à Cologne, puis se poursuit à Berlin à partir de 1996. Demnig insiste sur l’unicité de chaque personne : une pierre, un nom, une histoire. Il rattache cette démarche à une idée d’origine talmudique : « Une personne n’est oubliée que lorsque son nom n’est plus rappelé. »
[4] Le nom Stolpersteine signifie « pierres sur lesquelles on trébuche ». Demnig parle d’un « trébuchement mental » : le passant s’arrête, lit et se souvient. Il cite aussi la formule d’un élève : « On ne trébuche pas sur les Stolpersteine, on trébuche avec la tête et le cœur. »


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *