
Vaet’hanan (ואתחנן — « Je suppliai »)
Chabat Na’hamou (שבת נחמו — Chabbat de la consolation)
Deutéronome 3,23 – 7,11 – Isaïe 40,1–26
Malgré ses supplications, Moché n’obtient pas l’autorisation d’entrer en Terre d’Israël. Il rappelle les Dix Paroles au peuple et énonce la principale profession de foi juive, le Chema Israël. La haftara tirée d’Ichayahou ouvre les sept haftarot de consolation qui suivent Ticha BeAv : même dans la dispersion, Dieu n’abandonne jamais son peuple.
Deutéronome 3,25
אֶעְבְּרָה־נָּא וְאֶרְאֶה אֶת־הָאָרֶץ הַטּוֹבָה
« Laisse‑moi passer, je t’en prie, et voir le bon pays. »
Les Juifs se voient refuser l’accès à la Terre d’Israël par le gouvernement britannique[1]. Entre août 1946 et février 1949, la Royal Navy arraisonne en mer les navires transportant plus de 52 000 Juifs[2], pour la plupart des rescapés de la Shoah. Elle les interne dans des camps[3], où ils sont logés selon les sites dans des cabanes Nissen[4] ou sous des tentes, derrière des doubles clôtures électrifiées surveillées par des miradors espacés d’une centaine de mètres, sur l’île de Chypre.
L’une des cabanes Nissen, reconvertie en hangar agricole, est identifiée lors d’un déplacement dans la région de Famagouste par le grand rabbin de Chypre, Arie Zeev Raskin[5], comme l’un des rares vestiges conservés de l’internement des Juifs à Chypre. Elle est ensuite acquise, démontée, restaurée puis remontée au Musée juif de Chypre, à Larnaca, en 2021. Elle constitue aujourd’hui un témoin matériel exceptionnel de cet épisode, et sa préservation s’inscrit dans le développement d’un complexe muséal élargi[6], actuellement en construction.
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[1] Le Livre blanc de 1939, publié par le gouvernement britannique de Neville Chamberlain (mai 1937–mai 1940), marque un revirement majeur, à l’opposé des engagements antérieurs, notamment la Déclaration Balfour (1917) qui promettait un « foyer national juif » en Palestine. Adopté le 17 mai 1939, il vise à apaiser la révolte arabe (1936–1939) et à assurer la stabilité des territoires placés sous influence britannique au Moyen-Orient à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le texte limite l’immigration juive à 75 000 personnes sur cinq ans, interdit toute immigration ultérieure sans accord des Arabes, et restreint l’achat de terres par les Juifs. Maintenu par le gouvernement de Clement Attlee (1945–1951) après la Shoah, il conduit au refoulement des survivants juifs et à leur internement dans les camps britanniques de Chypre.
[2] Entre 1946 et 1949, les sources situent le nombre d’internés entre 52 000 et 53 500. Près de 80 % des internés ont entre 13 et 35 ans. Plus de 2 000 enfants naissent dans les camps ; environ 400 personnes y décèdent. Les derniers quittent l’île en février 1949.
[3] Les Britanniques installent douze camps de détention répartis sur trois sites : Dhekelia et Xylotymbou, près de Larnaca, dotés principalement de cabanes Nissen, et Karaolos, près de Famagouste, constitué majoritairement de tentes.
[4] Les cabanes Nissen sont des constructions militaires standardisées : tôle ondulée cintrée sur ossature métallique, sans isolation — brûlantes l’été, glaciales l’hiver. Elles sont inventées en 1916 par l’ingénieur britannique Peter Norman Nissen (1871 – 1930).
[5] Le rabbin Arie Zeev Raskin est grand rabbin de Chypre depuis 2003 et émissaire du mouvement Habad-Loubavitch sur l’île. Il est à l’initiative du Musée juif de Chypre à Larnaca et du projet de sauvegarde d’une cabane Nissen, pour préserver et transmettre la mémoire de l’internement des réfugiés juifs à Chypre après la Shoah.
[6] Le Musée juif de Chypre a été conçu par le rabbin Raskin notamment pour honorer la solidarité des Chypriotes qui apportaient nourriture, eau et médicaments aux internés. Selon Skevi Philippou, artiste et cheffe de projet du musée, citée par le Cyprus Mail (3 juillet 2021), le rabbin voyait dans cette démarche une façon de rendre hommage à des personnes qu’il considère comme de véritables héros.