Memorial Scrolls Trust, Londres

Synagogue de Michle — les rouleaux au musée du Trust — Kent House, siège du Trust

Chemini Atseret
(שמיני עצרת – huitième de clôture)

Sim’hat Tora

(שמחת תורה – Joie de la Torah)
Deutéronome 33,1–34,12 — Genèse 1,1–2,3 — Nombres 29,35–30,1 — Josué 1,1–18[1]

Vezot Haberakha clôt la Torah : Moché bénit les tribus avant de mourir sur le mont Nevo, et la lecture reprend aussitôt au premier verset de Béréchit. Dans la haftara, D.ieu confie à Josué la conduite du peuple vers la terre promise et lui ordonne de méditer la Torah jour et nuit.

Deutéronome 33,4
תּוֹרָה צִוָּה־לָנוּ מֹשֶׁה מוֹרָשָׁה קְהִלַּת יַעֲקֹב
« La Torah que Moché nous a prescrite est l’héritage de l’assemblée de Ya’aqov.« 

En 1942, sous le contrôle des autorités nazies du Protectorat de Bohême-Moravie, des membres de la communauté juive de Prague obtiennent, à l’initiative de Karel Stein[2], de rassembler au Musée juif central[3] les trésors religieux des synagogues dévastées du pays. Environ 1 800 rouleaux y sont recensés, chacun avec son lieu d’origine. De 1956 à 1959, les rouleaux sont regroupés dans l’ancienne synagogue de Michle[4], en périphérie de Prague.

En 1963, l’État de Tchécoslovaquie, par l’intermédiaire d’Artia[5], les propose à la vente au marchand d’art londonien Eric Estorick[6], qui en parle à Ralph Yablon[7], lequel finance l’achat après examen des rouleaux à Prague par Chimen Abramsky[8] et l’aval du rabbin Harold Reinhart[9], de la synagogue de Westminster.

Le 7 février 1964, deux camions déchargent à Kent House[10] 1 564 de ces rouleaux au profit du Memorial Scrolls Trust[11].

Des sofrim les examinent et les restaurent quand c’est possible. Le Memorial Scrolls Trust les prête à des synagogues, des écoles ou des musées. Les rouleaux casher servent à la lecture, les autres à l’enseignement et à la mémoire. Tout détenteur qui ferme ou fusionne doit rendre son rouleau. Ils sont aujourd’hui présents dans plus de 1 300 communautés et institutions, de l’Alaska à la Nouvelle-Zélande.

[1] En diaspora, Chemini Atseret a ses propres lectures : Deutéronome 14,22–16,17 (15,19–16,17 en semaine) — Nombres 29,35–30,1 — I Rois 8,54–9,1. Sim’hat Torah y est célébrée le lendemain.
[2] Karel Stein (1906–1961), chef du département des affaires rurales de la communauté juive de Prague. Il survécut à la guerre et reprit ses fonctions au musée.
[3] Parmi l’équipe du musée, le conservateur en chef Josef Polák (1886–1945), historien de l’art engagé dans la Résistance, fut arrêté par la Gestapo en août 1944 et disparut à Auschwitz en janvier 1945. Le rabbin et bibliothécaire Tobias Jakobovits (1887–1944) et l’architecte František Zelenka furent déportés à Auschwitz à l’automne 1944 et y périrent. L’historienne de l’art Hana Volavková (1904–1985) survécut et rouvrit le musée le 13 mai 1945.
[4] Après la guerre, le musée prêta des rouleaux aux communautés reconstituées de Bohême, de Moravie et de Slovaquie. De nombreux rouleaux lui revinrent après la disparition, sous le régime communiste, de plusieurs des communautés qui les détenaient.
[5] Artia : entreprise d’État tchécoslovaque, basée à Prague, qui détenait depuis 1953 le monopole du commerce extérieur des biens culturels ; elle disparut en 1990. Propriété de l’État depuis la nationalisation du musée en 1950, les rouleaux pouvaient être vendus contre des devises dont le régime avait besoin.
[6] Eric Estorick (1913–1993), né Elihu Estorick à Brooklyn de parents juifs émigrés de Russie, dirigeait la Grosvenor Gallery et se rendait souvent à Prague pour y acheter des œuvres d’art. Il cherchait une Torah pour son père lorsqu’Artia le conduisit à Michle.
[7] Ralph Yablon (1906–1984), avocat devenu homme d’affaires et philanthrope, membre fondateur de la synagogue de Westminster, contribua à l’achat de Kent House. Il resta administrateur du Trust jusqu’à sa mort.
[8] Chimen Abramsky (1916–2010), historien et bibliographe, spécialiste des livres et manuscrits hébraïques anciens, longtemps consultant de Sotheby’s, puis professeur d’études juives à l’University College London. Il était le fils du rav Yehezkel Abramsky, auteur du Hazon Yehezkel et dayan de la Beth Din de Londres.
[9] Harold Reinhart (1891–1969) fut le rabbin de la synagogue de Westminster de 1957 à 1969.
[10] Kent House fut acquise par la congrégation en 1960. Au troisième étage, le musée du Trust se visite sur rendez-vous.
[11] Chaque rouleau porte une plaque de laiton numérotée de 1 à 1 564 ; le Trust conserve aussi son numéro d’inventaire pragois, qui permet de retrouver sa ville d’origine. En 2017, un rouleau originaire d’Olomouc (Moravie) fut rendu à la communauté renaissante de sa ville. Un rouleau non casher est aujourd’hui exposé au Parlement tchèque. L’histoire complète est racontée par Philippa Bernard dans Out of the Midst of the Fire.

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