
Lekh Lekha (לך לך – « Va pour toi » ou « Va vers toi-même »)
Béréchit 12,1-17,27 ; Yechayahou 40,27-41,16
Dans la paracha, D.ieu ordonne à Avram de quitter son pays pour se rendre vers une terre qu’Il lui montrera. Dans la haftarah, le prophète Yechayahou s’adresse à un Israël découragé et en exil et lui rappelle qu’il est le descendant d’Avraham, l’ami de D.ieu, et que D.ieu lui donnera la force de poursuivre sa route.
Béréchit 12,1
לֶךְ־לְךָ מֵאַרְצְךָ וּמִמּוֹלַדְתְּךָ וּמִבֵּית אָבִיךָ אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַרְאֶךָּ
« Va-t’en de ton pays, de ton lieu natal et de la maison de ton père, vers le pays que Je te montrerai. »
En 1936, Netanya, petite bourgade agricole fondée en 1929, se dote d’un cinéma de 800 places. Situé à deux pas de la mer, sur la place de l’Indépendance, il constitue le premier centre culturel de la ville. Son sous-sol sert de premier refuge aux ma’apilim[1]. Après une séance, ceux-ci quittent la salle mêlés aux spectateurs afin d’échapper aux contrôles des autorités britanniques chargées d’empêcher l’immigration juive. Ils sont ensuite transférés vers d’autres lieux, où ils espèrent construire une nouvelle vie.
Entre 1937 et 1940, la plage Sironit-Herzl de Netanya est un important point de débarquement[2] de l’Alyah Bet[3]. Les ma’apilim, hommes, femmes et enfants, quittent leur pays natal pour rejoindre Eretz Israël. Ils débarquent de nuit avant d’être conduits jusqu’au cinéma Esther.
Concurrencée par les complexes multisalles, la salle perd progressivement son public et ferme au début des années 1990. En mars 2024, le cinéma Esther, refuge de ceux qui viennent bâtir leur vie en Eretz Israël, est démoli[4]. À son emplacement doivent s’élever un hôtel, des commerces et des logements[5].
La ville y perd un pan de son histoire. Une galerie censée rappeler ce passé est annoncée, pâle souvenir d’une si belle épopée, qui aurait mérité un véritable lieu de mémoire.
[1] Le terme hébreu ma’apilim (מעפילים) signifie « ceux qui montent » et désigne les Juifs entrés clandestinement en Eretz Israël. Formé sur la racine עפל, il désigne plus particulièrement les immigrants qui rejoignent Eretz Israël sans l’autorisation des autorités mandataires.
C’est le verbe employé dans Bamidbar 14,44, lorsque des hommes montent au sommet de la montagne malgré l’interdiction de Moché.
La paracha Lekh Lekha emploie le verbe « monter » (עלה), celui de l’aliya, l’immigration en Eretz Israël : « Avram monta d’Égypte, lui, sa femme, tout ce qu’il possédait, et Lot avec lui, vers le Néguev » (Béréchit 13,1).
[2] Selon le rabbin Ervin Birnbaum (1930-2024), témoin de l’Alyah Bet, passager de l’Exodus en 1947 et auteur de nombreux travaux sur l’immigration juive clandestine, cité par le magazine d’ESRA, Netanya joue un rôle central dans l’organisation de l’immigration clandestine. Son épouse, Hadassa Birnbaum, rapporte que le responsable d’un kiosque voisin offre de l’alcool aux officiers britanniques pour détourner leur attention. Des habitants portent ensuite les immigrants clandestins sur leur dos depuis la plage jusqu’au cinéma.
[3] L’Alyah Bet désigne l’immigration organisée entre 1934 et 1948, en dehors des quotas fixés par les autorités britanniques du mandat. Les arrivants débarquent principalement sur les côtes, souvent de nuit, avant d’être cachés puis répartis dans différentes localités.
[4] La démolition du cinéma Esther commence en mars 2024, quelques jours après la réélection de la maire Miriam Feirberg-Ikar (1951-2025), en fonction depuis 1998.
En 2006, la société Tras Investments acquiert le terrain pour 28 millions de shekels.
En 2009, un accord avec la municipalité prévoit la reconstruction du cinéma, avec un musée consacré à l’histoire de Netanya et un office de tourisme.
En 2015, le projet de reconstruction se transforme en projet de démolition et suscite une mobilisation en faveur de la conservation du bâtiment.
De 2017 à 2021, le projet immobilier est approuvé puis remanié ; la décision finale autorise la construction d’une tour à la place du cinéma.
[5] Le projet The Esther prévoit un hôtel cinq étoiles de 150 chambres, 58 appartements de luxe, des commerces et un espace commémoratif destiné à rappeler l’histoire du cinéma disparu.