
Noa’h
Béréchit 6,9-11,32 ; Yechayahou 54,1-55,5 (Séfarades : 54,1-10)
D.ieu ordonne à Noa’h de construire une arche afin de préserver sa famille ainsi que les représentants de chaque espèce animale de la destruction. Durant quarante jours et quarante nuits, les pluies s’abattent sur la terre et les eaux recouvrent tout. Lorsque les eaux se retirent enfin, une humanité nouvelle peut naître. D.ieu promet alors qu’un tel déluge ne détruira plus jamais la terre et scelle Son alliance par le signe de l’arc-en-ciel[1]. Le prophète Isaïe rappelle l’alliance éternelle conclue entre D.ieu et Israël en évoquant les « eaux de Noa’h ».
Béréchit 6,14
עֲשֵׂה לְךָ תֵּבַת עֲצֵי־גֹפֶר
« Fais-toi une arche de bois de gopher. » [2]
La synagogue Ahrida a été fondée au XVe siècle par des Juifs romaniotes originaires d’Ohrid, en Macédoine du Nord, et c’est l’une des plus anciennes synagogues d’Istanbul. Située dans le quartier historique de Balat, elle a été reconstruite après un incendie à la fin du XVIIe siècle. Au centre de la salle de prière se trouve une tévah[3] en forme de navire. Elle présente une coque arrondie, peinte en jaune et soulignée de rouge, un bastingage ajouré ainsi qu’une poupe surélevée coiffée d’un petit baldaquin, qui évoque la dunette d’un navire.
Lors de la lecture de la Torah, l’appelé monte à bord d’une tévah qui rappelle celle qui protégea ses occupants du Déluge, entre les eaux d’en haut et les eaux d’en bas[4]. L’eau qui détruit est aussi celle qui fait vivre, et la liturgie juive [5] en fait une source de bénédiction.
[1] À la vue d’un arc-en-ciel, la halakha prescrit de réciter une bénédiction rappelant l’Alliance conclue avec Noa’h : « Béni sois-Tu, É…, Roi de l’univers, qui Te souviens de l’Alliance, demeures fidèle à Ton Alliance et accomplis Ta parole » (Berakhot 59a ; Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 229,1). Il est en revanche interdit de fixer longuement l’arc-en-ciel, car le prophète Ézéchiel compare son apparence à celle de la Gloire divine (Ye’hezqel 1,28 ; ‘Haguiga 16a ; Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 229,1).
[2] Gopher (hapax biblique), essence non identifiée. La tradition l’entend comme un bois résineux imputrescible, type cèdre ou cyprès (Rachi ; Onkelos). Le midrash y lit un jeu de mots avec gofrit (soufre/bitume), rappelant l’enduit d’étanchéité mentionné aussitôt après : « tu l’enduiras de bitume »
[3] La tévah (hébreu : תיבה) désigne dans les communautés séfarades la plateforme depuis laquelle est lue la Torah. Dans la Torah, ce mot n’est employé que pour deux sauvetages par l’eau : l’arche de Noa’h, et la corbeille de jonc enduite de bitume dans laquelle Moché est déposé sur le Nil (Chemot 2,3).
[4] Les eaux : Au 2e jour de la Création, D.ieu sépare les eaux d’en haut et les eaux d’en bas (Béréchit 1,6-7). Au moment du Déluge, tout s’inverse : « toutes les sources du grand abîme jaillirent et les écluses du ciel s’ouvrirent » (Béréchit 7,11).
[5] Dans toutes les ‘Amidot, à partir du Moussaf de Chemini ‘Atseret, on mentionne le vent et la pluie (Machiv haRoua’h ouMorid haGuéchem). En revanche, on ne demande la rosée et la pluie en bénédiction (VeTen Tal ouMatar liVrakha) qu’à partir du soir du 7 ‘Hechvan en Israël, afin de laisser aux pèlerins de Soukkot le temps de rentrer chez eux (Ta’anit 10a ; Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 117,1). En 2026, la demande commence dès la sortie du Chabbat Noa’h. En diaspora, on suit le calcul talmudique de soixante jours après l’équinoxe d’automne (tekoufat Tichri), soit le soir du 4 décembre 2026.